Devoir de résistance

Journal Zibeline actualit� culturelle

Jean-Michel Blanquer veut mettre au pas les personnels de l’Éducation Nationale. D’abord en rappelant à l’ordre une enseignante qui a écrit une très belle tribune, diffusée sur les réseaux sociaux, contre Emmanuel Macron. Puis en introduisant un article de loi appelant « les personnels de la communauté éducative » à « l’exemplarité » qui doit « contribuer à l’établissement du lien de confiance » des élèves et de leur famille au « service public de l’éducation ».

Qu’est-ce à dire ? Doivent-ils taire leur opinion au-delà du cercle professionnel, jusque dans leurs prises de parole publiques ? Les enseignants sont-ils interdits de militance politique et syndicale, d’esprit critique ? Doivent-ils adopter inconditionnellement, alors qu’ils se battent contre la réforme des collèges, des lycées et de Parcoursup, « l’esprit de confiance envers l’État » ? Le propre des démocraties n’est-il pas d’accepter la vigilance de ceux qui ont élu des représentants pour les gouverner, et non des despotes pour les museler, et les matraquer ?

Car il est aujourd’hui question de la violence d’État. Celle des gilets jaunes est hautement réprimandée, pointée comme insupportable car elle s’en prend aux biens privés et publics. Elle déborde, s’exaspère, s’instrumentalise. Mais quel mouvement social est aujourd’hui entendu sans débordement ? Si les gouvernements successifs n’avaient pas jeté aux orties l’avis éclairé du peuple sur les retraites, sur Maastricht, sur les acquis sociaux, sur l’augmentation de la TVA et de la CSG et la suppression de l’ISF, sur l’appauvrissement généralisé au profit de quelques-uns, sans aucun doute les gilets jaunes ne bloqueraient-ils pas un système économique qui les opprime.

C’est la violence de l’État envers les citoyens que nous avons le devoir de combattre. Violence économique, violence de la censure des personnels enseignants, violence du déni de pauvreté, violence des mesures imposées, violence du mensonge électoral qui promettait une politique de rassemblement, et impose une gouvernance et des mesures économiques de droite.

Violence illégale de Benalla couverte par l’Élysée, violence légale des forces de l’ordre qui a fait un mort à Marseille, casse des mâchoires, impose des peines de prison ferme pour un délit de rassemblement. Violence qui, à cause de la réforme de la justice passée en catimini en décembre, va encore s’aggraver : le citoyen s’y voit privé de la possibilité de faire appel gratuitement à la justice de proximité, qui règle les petits délits humainement, devant un juge. Établissement du lien de confiance , disent-ils ?

AGNÈS FRESCHEL
Janvier 2019