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Debout, le 54 mars

Journal Zibeline actualit culturelle

Quelque chose se passe, que l’on n’attendait plus. Les gens sont dans la rue. Occupent, parlent, délibèrent, s’organisent, joyeusement et avec force, décident, et impose leur présence, courageuse, leur révolte, légitime.

Alors que l’on s’enfermait dans l’État d’urgence, que l’extrême droite montait en flèche, que le dernier remaniement ministériel et sa loi travail avaient plombé nos ultimes illusions politiques ; alors que le pire semblait possible, qu’une longue régression semblait entamée, que la gauche (de la gauche) se tiraillait… voilà que le monde du travail se réveille, que la jeunesse prend la rue, si simplement, avec une force qui n’a rien du désespoir, et une intelligence politique insoupçonnée. Ils parlent, ensemble, bâtissent des avancées sans leader charismatique, s’imposent par ces réseaux sociaux qu’on pensait mortifères, et qui se révèlent une ouverture effective vers la place publique.

La couverture de Zibeline est pour eux, qui passent la nuit debout. Ils ressemblent à ces hommes qui se sont levés en 68, en 36, en 1870, parce que leurs gouvernements avaient oublié l’intérêt du peuple, et que les urnes restaient muettes.

Pour eux, un brin de muguet, comme au Temps des Cerises. Pour eux, une page d’histoire sur la Commune de Marseille, un appel à décoloniser les esprits, à combattre avec les intermittents. Pour eux, avec eux, la floraison des arts de la rue, et tout un programme d’évènements à venir, de concerts à entendre, d’expositions à visiter, partout, parce que ce territoire est à nous, que les arts sont à nous, et que nous avons le droit d’en jouir.

Sortez, passez la nuit debout, enivrez-vous sans cesse. De combat, d’alcool ou de poésie, mais enivrez-vous. L’été arrive, il sera chaud, même lorsque les nuit s’allongeront à nouveau, et que ce beau mois de mars finira. Rien ne pourra l’effacer, car les forces vives de la révolte ont prouvé qu’elles sont là.

AGNÈS FRESCHEL
Avril 2016