De la pédophilie aux taches rouges

Journal Zibeline actualit� culturelle

La Friche est aux prises avec le FN, et la presse nationale et régionale ne cesse de commenter l’affaire…

Pourtant seule une poignée de frontistes effrontés ont manifesté devant la Région et la Mairie de Marseille pour protester contre une exposition prétendument scandaleuse : comme on l’a constaté lors de l’Université d’été, même lorsqu’il s’agit de revendiquer, la culture au FN ne rassemble pas. Dans la rue du moins : des milliers de signatures ont été recueillies pour protester contre une exposition confidentielle, interdite aux moins de 18 ans, et qu’aucun des signataires n’a vu puisqu’elle a fermé sagement avant le tapage. Cliquons cliquons, il en restera toujours quelque chose…

Des tabous salutaires

L’instrumentalisation est évidente, et les gardiens de la liberté de création s’engouffrent dans le piège tendu par le parti passé maître dans l’art de l’amalgame, en cliquant à leur tour, en s’offusquant, et les médias de renchérir. Car défendre cette exposition -qui met clairement en scène des petites filles érotisées avec des chiens et des chevaux, ou une autre regardant un démon lui faire un cunnilingus- au nom de la liberté de création et du pouvoir émancipateur des artistes, revient à tomber dans le piège tendu par le FN : l’apologie de la pédophilie, quelle que soit la distance instaurée par le grotesque de la représentation, est illégale : étant donné la gravité et la fréquence des actes pédophiles, cette exposition est difficilement défendable, à moins que l’on considère que les représentations des artistes n’ont aucun impact sur les consciences. Il y a quelques tabous salutaires : si les caricatures du Prophète ou du Christ en croix peuvent, même sacrilèges aux yeux de certains, être défendues au nom de la liberté d’expression parce qu’elles n’induisent aucun incitation au crime, celles de la pédophilie, comme celles qui incitent à la haine raciale, sont interdites. Restreindre l’accès aux plus de 18 ans ne résout rien, les pédophiles étant, par définition, majeurs.

L’art de l’amalgame

L’attaque du Front national est d’autant plus perverse qu’elle se fonde sur un constat finalement assez juste, et en profite pour élargir son champ : La Friche est attaquée parce que subventionnée par l’argent public, le directeur du Dernier Cri a reçu des menaces de mort, et Marion Maréchal-Le Pen dans Var Matin expose les ambitions de sa politique culturelle :

«Il ne sera plus question d’aider des associations communautaristes ou de subventionner des expositions pédopornographiques. À vomir ! Là il y aura des choix politiques forts : dix bobos qui s’extasient devant des taches rouges, ce n’est pas ma conception de la culture. On fera de la culture qui plaise (sic) aux gens.»

Partir de la pédophilie, associer dans le même dégout la pornographie et les associations «communautaristes» (entendez communautaires), s’en remettre au goût «des gens» pour concevoir une politique culturelle enfin libérée des «bobos» que nous sommes (c’est-à-dire ? des intellectuels ? des créateurs ? des affranchis de la télé qui préfèrent les galeries et les salles de spectacles ?), employer une caricature anti-abstraction qui nous renvoie plus d’un siècle en arrière, la petite-fille Le Pen, candidate à la présidence de notre Région, dévoile ses ambitions culturelles : comme le dit clairement Stéphane Ravier, au FN on préfère la culture de chez nous. Sans mélange, et dans le rejet absolu de l’autre. Que sa culture soit différente, ou simplement décollée de la représentation mimétique du réel. Depuis Platon, on n’a pas fait mieux.

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2015