Culture dans la cité

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La Culture ? Les candidats aux élections municipales en parlent peu, en parlent mal. Pourtant les politiques culturelles municipales peuvent changer le cours d’une ville et transformer nos vies : la commune est l’actrice de proximité par excellence, et sa politique culturelle en dit long sur son projet, sur sa vision.
Comme le logement, les transports, l’école, la culture dépend très majoritairement de subventions publiques. Mais contrairement à ces domaines, elle est celle qui peut rassembler ces thématiques sectorielles et leur donner du sens.
On aurait tort de croire qu’à l’instar de l’écologie, la culture ferait consensus. Serait ni de gauche ni de droite. Comme l’écologie, la culture n’est pas compatible avec les valeurs libérales de rentabilité et de consumérisme. Ce qui ne signifie pas qu’elle ne peut pas être un formidable levier économique : l’économie de la culture est créatrice d’emplois, de diplômés, à condition qu’elle ne pâtisse pas de la culture de l’économie.
La victoire du Rassemblement national (ex FN) dans un certain nombre de communes du Sud-Est serait fatale à la liberté de création : ils le disent, ils le mettent en œuvre, arrivés au pouvoir ils veulent être les gardiens du sens, et feront des autodafés. Mais la victoire de Martine Vassal à Marseille signerait elle aussi un indiscutable recul, y compris avec la politique culturelle menée, ou plutôt non menée, par Jean-Claude Gaudin. Elle signifierait l’avènement du divertissement populiste au détriment de la culturelle plurielle, du préfabriqué au lieu du fabriqué ensemble.
Le débat sur une culture populaire contre une culture d’élite est factice, entretenu pour ne pas répondre aux enjeux actuels : ceux des droits culturels de chacun. Droit d’accéder au livre, à une éducation artistique, aux ressources culturelles, droit d’exprimer sa culture librement. Ce sont les communes qui peuvent rendre effectifs ces droits culturels en fonction de leurs choix politiques. Favoriser l’implantation d’un cinéma multiplexe, d’un casino, d’une pharaonique salle de concert ou créer des bibliothèques par quartier, ouvrir des ateliers d’artistes, soutenir les pratiques artistiques amatrices ? Les moyens diffèrent selon que l’on habite dans un centre métropolitain, dans un milieu rural ou péri-urbain mais, partout, il s’agit d’encourager à la fois la création, la diffusion et la pratique sans opposer gros opérateurs et petites structures, mais en les accompagnant au regard de leur action durable dans le territoire.
Les élections municipales des 15 et 22 mars sont le moment de réaffirmer le droit à un service public de la culture, en phase avec la diversité culturelle réelle de chaque cité.

LUDOVIC TOMAS
Mars 2020