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Cet État qui nous appauvrit et nous matraque

Journal Zibeline actualit culturelle

La disparition de l’ISF, la baisse du taux de l’impôt sur les sociétés, sur les capitaux mobiliers, sur les successions et les dividendes appauvrissent l’État. Elles bénéficient toutes aux détenteurs des gros patrimoines, de gros revenus, aux entreprises bénéficiaires, aux actionnaires qui s’en partagent les dividendes et transmettent le patrimoine des sociétés.

Pourtant les recettes fiscales de 2018 sont en hausse. Malgré 4 milliards d’ISF en moins (5 milliards en moins, « compensés » par 1 milliard d’IFI), 6 autres milliards de « contributions fiscales diverses » sur les dividendes et les successions disparues, et encore 3 autres sur les sociétés en bénéfice. Comment cela est-il possible ? Simplement en augmentant la contribution des classes dites moyennes par l’impôt sur le revenu, et de tous par la TVA.

Car l’impôt sur le revenu a rapporté 73 milliards en 2017, mais 79 milliards en 2018. Plus 6 milliards. Et le gouvernement table, en 2019, sur 87 milliards. Plus 8 autres milliards. Mais il ne cesse de répéter qu’il baisse les impôts. Pour qui ?

Quant aux rentrées de la TVA, doublée aujourd’hui de la taxe sur les produits énergétiques, elles sont passées de 159 milliards en 2017 à 225 milliards en 2018. Plus 66 milliards ! Largement de quoi compenser les cadeaux faits aux riches ! Ce qui n’a pas empêché l’État d’amputer en 2018 ses dotations aux collectivités de 4 milliards (-10%). Et la baisse de la taxe d’habitation, seule mesure profitant aux classes moyennes et populaires, affaiblit encore les collectivités locales et territoriales, leur manque à gagner étant très mal compensé par l’État.

Affaiblir le pauvre et la province

Cela semble, pour le gouvernement « en marche », une sorte de réflexe conditionné : faire contribuer ceux qui n’ont pas d’argent. La même entreprise est à l’œuvre dans la mise à mal des contributions sociales : les charges patronales baissent, ce qui à terme va mettre en déficit la sécurité sociale, les caisses de retraite, l’assurance chômage et vieillesse… Cela génèrera, sans autre compensation, une nouvelle hausse de la CSG, dénommée « contribution sociale généralisée » parce qu’elle s’applique à tous. C’est à dire qu’elle diminue les revenus des travailleurs et retraités pauvres qui échappaient jusqu’alors à la fiscalité directe.

L’esprit même de l’impôt, fondé sur la justice sociale et la compensation des différences de revenus, est bouleversé. Les impôts régressifs, c’est à dire ceux qui sont acquittés par tous, sont en forte hausse, tandis que les impôts progressifs diminuent fortement en haut de l’échelle. C’est cette injustice fondamentale qui cause la colère des gilets jaunes. Injustice sur laquelle les Grands Débats qui s’achèvent ont posé un véto de principe, dès l’entrée.

Réprimer

Ces mesures fiscales prises contre l’avis du peuple et son intérêt seront-elles étouffées par le simulacre de dialogue et les cahiers de doléances ? En 1789 le mépris de la noblesse pour les doléances du peuple avait mis en marche la Révolution, qui s’est imposée malgré la violence militaire.

Aujourd’hui, en démocratie, face à un mouvement social inédit, la violence policière resurgit. L’ONU et l’Europe s’inquiètent de la liste des blessés qui s’allonge, des gardes à vue préventives, de l’usage des grenades lacrymogènes et des LBD. La presse française, si prompte à dénoncer les violences policières des autres, reste aveugle aux yeux aveuglés, et à la mort de Zineb Redouane. Comment Le Point, LCI, 20 minutes ont-ils pu raconter qu’elle était  « morte par suite de l’éclat d’une grenade reçue au visage » « en marge d’une manifestation à Marseille » et de ses « incidents » ? Sa famille affirme qu’elle était en bonne forme. Est-ce parce qu’elle était vieille, marseillaise, pauvre et portant foulard que personne ne se soucie de sa mort ? « Ils m’ont visée » a-t-elle déclaré à sa voisine, puis à son fils, avant de mourir en salle d’opération. Depuis décembre on attend que l’État fasse la lumière…

Agnès Freschel
Mars 2019