Ces hors-la-loi qui nous gouvernent

Journal Zibeline actualit� culturelle

Le 6 octobre nous étions dans la rue. Massivement. Pour défendre l’Aquarius et, à travers lui, ceux que l’on appelle les Migrants. Mot commode pour ne pas admettre qu’ils sont des Réfugiés, des « personnes en péril » ayant droit à un statut, des égards, une protection.

Ceux qui refusent que l’Aquarius accoste, qui l’empêchent d’aller porter secours sont des hors-la-loi, et pas seulement vis-à-vis des lois internationales du sauvetage en mer : le Code pénal français est clair, rien ne doit empêcher de porter assistance, ou d’entraver l’arrivée de secours.

La Convention de Genève est aussi explicite : la Libye est reconnue par les Nations Unies comme un État n’assurant pas la sécurité de ses habitants, et l’Aquarius serait hors-la-loi s’il y ramenait les hommes qui se noient, hors-la-loi s’il ne les sauvait pas, hors-la-loi s’il ne les dirigeait pas vers un pays sûr. Et ces pays sûrs sont hors-la-loi de ne pas les recevoir, le Panama de retirer son Pavillon, la France et l’Europe d’établir des quotas. Ce chiffre-là, 1700 morts en Méditerranée en quelques mois, est de la responsabilité des gouvernements européens, qui ne portent pas assistance à des personnes en danger.

Et transforme l’assistance citoyenne en délit ! L’Italie nouvelle vient de mettre en prison le maire de Riace, celui qui a accueilli des réfugiés pour que son village renaisse dans une harmonie exemplaire. Il est aujourd’hui assigné à résidence pour avoir porté secours à des immigrés en situation irrégulière. Faut-il rappeler l’histoire de cette Convention de Genève dont tous les Etats européens sont contractants ? Après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe puis le Monde ont pris soin que plus jamais un homme fuyant son pays parce qu’il ne peut plus y vivre se retrouve sans papier, interdit de circuler et de vivre. La désobéissance civile, qui en Europe a sauvé des milliers de juifs, d’homosexuels et de tsiganes, est un devoir quand un État est hors-la-loi.

Mais aujourd’hui il paraîtrait que l’Europe ne peut absorber cette misère africaine, que les opinions publiques risquent de basculer, que les acquis sociaux sont menacés par l’afflux massif de pauvres, de noirs, d’arabes. Raisonner ainsi, c’est oublier qu’il n’y a pas d’échelle dans la valeur d’une vie humaine, d’une mort humaine. Ils sont égaux ceux qui se noient, ceux qui se suicident parce que la pauvreté et le chômage font des ravages en Europe du Sud, ceux que le chômage et la misère désespèrent et détruisent. Ces morts-là, le long de nos côtes ou sur nos trottoirs, sont les victimes communes de politiques mortifères d’une caste qui s’enrichit sans cesse, et détruit la planète.

Il est temps de faire taire ceux qui opposent les combats, ceux qui les fragmentent, ceux qui ne voient pas que les luttes environnementales, sociales, humanitaires, ne peuvent avoir qu’une fin commune : la mise au pli de ces hors-la-loi qui nous gouvernent.

Agnès Freschel
Octobre 2018

La loi :

Quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.

Les peines sont portées à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende lorsque la personne en péril mentionnée est un mineur de quinze ans.

Article 223-6 du code pénal

Le fait d’entraver volontairement l’arrivée de secours destinés à faire échapper une personne à un péril imminent est puni de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende.

Article 223-6 du code pénal

Le terme « réfugié » s’appliquera à toute personne qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays.

Tout État Contractant accordera aux réfugiés se trouvant régulièrement sur son territoire le droit d’y choisir leur lieu de résidence et d’y circuler librement.

Les États Contractants délivreront des pièces d’identité à tout réfugié se trouvant sur leur territoire et qui ne possède pas un titre de voyage valable.

Convention de Genève

Photo : Arrivée de l’Aquarius à Marseille le 4 octobre 2018 (c) Sarah Devos – SOS Méditerranée