Ce n’est pas Paris

Journal Zibeline actualit� culturelle

La gestion de la crise sanitaire est une source intarissable de débats, de controverses, de coups de sang. Souvent à juste titre. Quand de nouvelles mesures restrictives tombent, elles sont vécues comme injustes et punitives parce qu’elles empêchent nos vies et plus particulièrement nos moments les plus libératoires, dans un climat anxiogène dont on peut s’interroger jusqu’à quel point il n’est pas sciemment entretenu. On pointe alors des décisions venues d’en haut, de technocrates parisiens hors-sol, de responsables politiques nationaux qui méconnaissent les réalités du terrain et ignorent les élus locaux. Même les préfets, quelle que soit leur bonne volonté pour entendre et négocier, n’ont plus voix au chapitre. Paris décide et Marseille, Aix, Lyon, Bordeaux, Lille, Toulouse, Montpellier, Nice et les autres appliquent. Paris exige. Paris impose. Paris méprise. Mais aujourd’hui Paris subit aussi.

Alors de quoi Paris est-il le nom ? À l’instar des supporters de l’OM qui ont fait du club détenu par un fonds qatari le contre-modèle social de l’esprit footballistique, ce n’est pas Paris en tant que tel ni même en tant que capitale nationale qui est la cible des attaques et responsable récurrent de nos maux. L’origine est systémique. La France est un pays qui n’a jamais abandonné son penchant jacobin. Que ce soit sur le plan politique ou culturel. Le processus dit de décentralisation qui connaît un coup d’accélérateur avec les lois Defferre de 1982-1983 a très rapidement été détourné au profit d’un désengagement financier de l’État dans de nombreux domaines et d’un abandon de plusieurs pans du principe d’égalité entre les territoires, avec comme premières victimes les services publics. Ce n’est donc pas Paris et, à plus forte raison, ce ne sont pas les Parisiens qui sont visés par la vindicte provinciale.

Ce n’est pas glisser vers un quelconque régionalisme aux relents de naphtaline que de persévérer dans la remise en question structurelle de la matrice du régime présidentiel exacerbé. Encore faut-il, dans le même mouvement, ne pas se détourner du fond, à savoir les contenus politiques. Et la politique poursuivie et amplifiée par Emmanuel Macron, qui consiste à conforter et accompagner la doctrine économique à l’offensive depuis les années 80, est bien la cause principale de la régression sociale, environnementale, démocratique et l’on pourrait ajouter culturelle. La pédagogie du renoncement, la répression et les privations de liberté étant les bras armés de l’oligarchie politico-financière. Ne faut-il pas comprendre l’incapacité du pays à affronter la pandémie à l’aune des suppressions de lits d’hôpitaux et des contre-réformes successives libéralisant davantage la santé publique ? Et ça, ce n’est pas Paris.

LUDOVIC TOMAS
Octobre 2020