Bon appétit messieurs

Journal Zibeline actualit culturelle

Parfois, lorsqu’un juge met l’ancien chef de l’État en examen, lorsqu’un ministre ment effrontément devant l’Assemblée nationale, lorsqu’un conseil général vote la prise en charge des frais de justice d’un président accusé, par ailleurs, d’association de malfaiteurs, le seul refuge pour la pensée reste la littérature…


Ô ministres intègres !

Conseillers vertueux ! Voilà votre façon

De servir, serviteurs qui pillez la maison !

Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,

L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !

Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts

Que remplir votre poche et vous enfuir après !

Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,

Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !

 

… Messieurs, en vingt ans, songez-y,

Le peuple, j’en ai fait le compte, et c’est ainsi !

Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie,

Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,

Le peuple misérable, et qu’on pressure encor,

A sué quatre cent trente millions d’or !

Et ce n’est pas assez !

 

L’état s’est ruiné dans ce siècle funeste,

Et vous vous disputez à qui prendra le reste !

Ce grand peuple espagnol aux membres énervés,

Qui s’est couché dans l’ombre et sur qui vous vivez,

Expire dans cet antre où son sort se termine,

Triste comme un lion mangé par la vermine !

Tous pourris ? Non. Mais 175 ans après Ruy Blas, on aimerait avoir un peu avancé… Il n’y a pas de République sans vertu, disait Montesquieu avant Hugo. Dont acte, enfin ?

 

AGNÈS FRESCHEL