Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Basculement

Journal Zibeline actualit culturelle

Un basculement politique se profile et les médias guettent, pour alimenter leurs chroniques et booster leurs audiences, les détails croustillants de la campagne. Les commentaires des communicants (a-t-il été bon ?) et des sondeurs (va-t-il remonter ?) tiennent lieu d’analyse. Quant aux journalistes politiques ils dénoncent les propos nauséabonds, mais ne parlent que d’économie. Ou plutôt de prévisions comptables. Il n’est plus question d’étude sociale, de projet écologique, sans parler d’ambition culturelle. Le mot même de culture, perverti par ceux qui en ont fait un outil d’exclusion, est devenu suspect.

Tout comme l’identité, transformée en concept mesquin et revanchard, voire franchement raciste. Pour autant, devons-nous occulter ce que nous sommes ? Notre culture commune et mouvante, celle que nous transmettons, inventons, modifions ? Les bouleversements que le monde vient de vivre, révolutions populaires, renversement des dictatures, accident nucléaire qui a ravagé une puissance libérale, crise de la dette qui révèle l’ineptie de la politique monétaire, basculement de la Grèce dans la faillite, tout cela n’amène-t-il pas à réfléchir nos modèles et nos choix ? À dépasser l’ambition myope de gérer à court terme, pour construire une société où l’on pourra vivre ensemble, durablement, sans laisser mourir nos voisins, et les hommes des rives lointaines ?

Nous avons besoin de pensée complexe, de recul, d’écriture, mais une mélasse épaisse est servie par les médias en guise de nourriture culturelle, biopic d’un chanteur minable, cérémonie de remises de prix, groupes pseudo rock insipides, stars grossières, gadgets numériques. Les slogans et raccourcis tiennent lieu de discours, et les progressistes osent à peine parler d’éducation, de culture, de recherche, de sens. Les ravages opérés dans l’ordre de l’esprit sont conséquents.

D’autres basculements seront nécessaires, pour que l’on puisse à nouveau penser l’avenir.

AGNÈS FRESCHEL

Avril 2012