Bad tripes

Journal Zibeline actualit� culturelle

Après la dernière déclaration de Jean Castex levant tout espoir de réouverture des lieux culturels en janvier, Roselyne Bachelot est sortie de son hibernation médiatique. « Je mets toutes mes tripes sur la table pour protéger le monde de la culture », s’est-elle illustrée sur une radio publique. La ministre travaille, réunit, consulte. Soit. Mais visiblement elle n’entend pas. À la question que tous se posent tellement celle-ci relève de l’évidence, elle ne répond pas. Jamais. Pourquoi les centres commerciaux, les transports, les lieux de culte et pas les musées, les cinémas et les salles de spectacle ? Madame Bachelot contourne ou évoque timidement le « brassage des populations », argument aussi incohérent que l’est la situation. Devant l’exemple du concert-test en Espagne, elle finit par évoquer la possibilité d’un dispositif de labellisation des lieux qui seraient aptes à rouvrir leurs portes avec les conditions optimales pour protéger les équipes et les publics, mais préjudiciables à ceux, plus petits, dont les adaptations seraient plus compliquées. Comme si les mois de l’entre-deux confinement n’avaient pas prouvé la réactivité et la prise d’initiatives des opérateurs culturels pour mettre en place les protocoles d’accueil les plus stricts. La ministre renie-t-elle ses propres affirmations actant qu’aucun cas de contamination n’avait pu être constaté après une représentation ? Elle semble bien à la peine, Roselyne, pour convaincre. Convaincre de son utilité. Qu’il lui soit difficile, voire impossible, d’amorcer un semblant de calendrier d’une reprise même progressive est tout à fait compréhensible. Qui prendrait ce risque devant les mauvais tours que continue de nous jouer la pandémie ? « Je fais tout pour que ce soit possible mais je ne prends pas d’engagement », feint-elle de s’agacer. La ministre refuse donc de s’enfermer dans des dates sur lesquelles l’évolution de la situation sanitaire risquerait de la faire revenir. Soit. Pourtant, en ce qui concerne les festivals de l’été 2021, la doyenne du Gouvernement est confiante. La preuve : elle croise les doigts ! Quant aux droits des intermittents, la ministre de la Culture garantit qu’ils seront prolongés. De nouvelles aides seront nécessaires ? Qu’à cela ne tienne, le chéquier est sur la table. Que Roselyne est charitable… Et d’affirmer droit dans les yeux qu’elle n’est « pas quelqu’un qui fait une carrière politique ». Quelle abnégation ! À faire presque oublier qu’à 74 ans elle est élue depuis le début des années 80. Pour émouvoir dans les chaumières, l’ancienne Grosse tête parle de tragédie. Mais la culture n’a pas besoin d’une Cassandre.

Derrière la parade du soutien et de la générosité d’un État redevenu providentiel, la rhétorique pernicieuse du « quoi qu’il en coûte » prive le monde culturel d’un de ses pouvoirs essentiels, celui de relier les êtres en transcendant le réel, pour ouvrir un horizon commun. Quel mépris !

LUDOVIC TOMAS
Janvier 2021