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Assises ? Debout la culture !

Journal Zibeline actualit culturelle

Renaud Muselier, Président de la Région Sud, avait promis d’organiser des Assises de la culture à l’automne 2018. Il tient parole, et invite le secteur à se rassembler le 6 novembre autour de la politique culturelle locale et de ses enjeux : la Conférence régionale d’avril était en effet restée aveugle au démantèlement de la vie culturelle de proximité.

Confusion des échelles

Mais les Régions en sont-elles responsables ? La souffrance actuelle des acteurs culturels n’a pas pour origine principale la politique régionale : absence d’interlocuteurs au Ministère et baisse générale du budget, décentralisation au point mort, fin des emplois aidés pour tout le secteur associatif, baisse générale de la commande publique et des politiques de la ville, le gouvernement est largement responsable du massacre en cours.

Quant aux collectivités locales, elles poussent Arts vivants en Vaucluse à la cessation d’activité (que va devenir l’Auditorium du Thor ?), ou baissent les subventions de 20% à leur arrivée au Département 13. Et consacrent une bonne part de ce budget restreint à des commandes sur le thème de la Provence ou de la Lecture, dans des opérations de communication à intérêt artistique parfois discutable. Font déployer des kakemonos, s’invitent longuement aux vernissages, conférences de presse et cérémonies d’ouverture pour souligner le financement public auquel elles prennent part…

Devoir culturel

Rares sont les Villes, Départements et Métropoles qui admettent la nature du financement culturel : les subventions de fonctionnement existent parce que les entreprises culturelles ont besoin d’argent pour fonctionner, et les aides à la création parce que les artistes ont besoin de soutien pour créer librement leurs œuvres, en particulier hors des manifestations organisées par les collectivités. Les subventions culturelles publiques ne sont pas accordées par grandeur d’âme, pour la paix sociale ou pour booster le tourisme, mais par nécessité intrinsèque, pour le secteur qui en a besoin, pour la bonne santé économique locale, pour le citoyen qui a des droits culturels.

Faire qu’une bibliothèque soit ouverte, qu’un musée soit entretenu, qu’un théâtre puisse accueillir du public, qu’un festival rassemble, que des œuvres voient le jour, cela n’est pas une grâce accordée par les politiques. L’aristocratie a fait long feu, et avec elle la domesticité et l’allégeance des artistes. Autant que de la baisse des subventions, et davantage sans doute, c’est du mépris des collectivités dont souffrent les artistes : le système de dépendance à une source de financement qui se tarit peu à peu conduit à une allégeance constante au politique, d’autant plus difficile à vivre qu’elle se double souvent d’une absence de bienveillance à l’égard de leur travail.

Politique régionale

La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur n’est pas la collectivité la plus fautive. Le budget n’a pas baissé, augmentant même à la marge, et elle ne se targue pas d’être un opérateur direct passant commande à des artistes : elle les suit et les finance sans ingérence.

Mais certaines de ses orientations, libérales, affaiblissent le secteur : la Région a généralement augmenté les budgets des « gros » opérateurs au détriment des plus petits, au prétexte que leur financement ne relève pas de l’échelle régionale, mais locale. Ce qui est totalement déconnecté de la réalité locale, justement. Or la politique c’est s’adapter au réel, et le secteur culturel a besoin d’artistes en capacité de créer et de diffuser.

La Région a également mis fin à l’aide à l’emploi culturel et au soutien à l’économie sociale et solidaire, qui apportaient des financements complémentaires aux petites structures associatives. Au lieu de financer directement la création, elle a mis en place des dispositifs de production confiés aux programmateurs. Ceci impacte fortement l’indépendance des artistes et des compagnies et la nature de leurs projets, et nie le fait que ces programmateurs, qui décident de tout depuis le financement public jusqu’à la production et la diffusion, peuvent se tromper, ne pas avoir le temps de découvrir de nouveaux artistes, ou préjuger de ce que leur public attend.

Enfin, dans cette invitation lancée au monde de la culture, certains intitulés de Tables rondes et d’Ateliers sont choquants. Ni clientélisme ni tiroir-caisse, par exemple, indique crûment que le financement culturel reste perçu comme le fait du Prince ; et la notion d’Identité régionale comme un axe de la politique culturelle fleure la confusion intellectuelle entre patrimoine et identité.

Mais le 6 novembre Renaud Muselier invite justement à en discuter, et se dit prêt à infléchir sa politique : pourvu que la parole y soit libre, un nouveau dialogue est peut-être né.

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2018