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Journal Zibeline actualit� culturelle

La culture serait-elle accessoire ? Pour nos candidats à l’élection présidentielle ce n’est pas un sujet de campagne ! Les débats télévisuels n’y font aucune allusion, pas plus que la presse dite nationale, et si parisienne. Et si certains partis travaillent à l’élaboration d’un programme culturel, ils ne le médiatisent pas, et réservent leurs professions de foi aux manifestations professionnelles.  Car la culture n’est plus à la mode : comme l’Éducation Nationale, après des campagnes systématiques de dénigrement, le secteur dans son ensemble est perçu comme inutilement coûteux, et ses salariés comme des intermittents profiteurs et fainéants dont il faut réduire les avantages.

Pourtant les travailleurs de la culture ont des revenus particulièrement bas et représentent en France, d’après les classifications de la sécurité sociale, 720000 emplois salariés, dont moins de 100000 intermittents : si leur régime de chômage est déficitaire celui du secteur culturel dans son ensemble est largement bénéficiaire. Pourquoi cet énorme secteur économique, nettement plus important que l’automobile ou la construction navale, n’intéresse-t-il personne ? Est-ce parce qu’il ne fabrique aucune richesse monnayable ?

Les marchands qui gouvernent ce monde savent qu’il n’en est rien. Que la culture, en particulier les industries culturelles que sont le cinéma, l’édition et les médias, peuvent générer des plus values mirobolantes, et à fort potentiel de développement. À l’échelle des territoires, et dans le nôtre qui est si friand de festivals, le tourisme, les commerçants et la restauration savent ce qu’ils doivent aux manifestations culturelles. Constatations qui permettent aujourd’hui au secteur de survivre, mais signent du même coup la perte de sa substance artistique.

Car ce n’est pas parce qu’il est générateur de profit que le secteur culturel doit être soutenu. Pas parce qu’il permet d’aménager le territoire, de calmer les banlieues, d’embellir les centres-villes, de démocratiser la société, de redorer l’image d’une entreprise ou faire marcher les commerces. Mais parce que la culture, comme l’éducation, est un droit fondamental de l’être humain. Parce  que la littérature et les arts, mots que plus personne n’ose employer, sont nécessaires à notre humanité. Et avec eux les artistes, les intellectuels, les chercheurs, les écrivains. Un bien public, que tout homme politique devrait fréquenter et défendre avec fougue, comme des richesses essentielles, et non comme de rentables accessoires.
AGNÈS FRESCHEL

Mars2012