Vu par Zibeline

Du bonheur dans les mailles

 - Zibeline

Entre l’inauguration grand format de Sidi Larbi Cherkaoui avec sa fresque poético-ludique Tezuka et la clôture de Sasha Waltz sur les Impromptus de Schubert, intimiste et déchirante, le Festival de Marseille a fait une fois de plus le grand écart. D’un style à l’autre, de la vieille Europe à l’Afrique du sud et au Canada, dans les interstices entre les générations, les propositions chorégraphiques stricto sensu et les créations transversales. Éclaté sur 10 lieux grâce au soutien de structures fidèles, comme Marseille Objectif Danse qui a offert à la Friche de belles nuits dansées sur écran géant, le festival a atteint ses objectifs constate Apolline Quintrand après le clap de fin. L’heure est au bilan : «Ce qui aurait pu être perçu comme une programmation «intellectuelle» a pris toute sa force dans l’émotion, la plénitude et la puissance». Plénitude, un mot qui revient souvent, à croire que 17 éditions n’ont pas suffi à rassurer sa directrice ! D’ici là, et fort de son succès (28 000 spectateurs, dont 16 000 places vendues, un taux de remplissage global de 88 %), le festival fait les comptes. Et c’est positif ! Malgré quelques couacs au Silo qui n’offre pas une visibilité optimale, l’équipe a su «l’apprivoiser et la dompter en abaissant sa jauge à 1200 places au lieu de 1400 pour le Ballet Cullberg et Sasha Waltz», et mise sur elle l’année prochaine.

Pour son retour à La Sucrière, le festival a fédéré un large public venu assister gratuitement au concert des Phuphuma Love Minus, guest stars de Robyn Orlin. Quant à la salle Vallier, désormais ancrée dans les habitudes des spectateurs comme des artistes qui apprécient son passé sportif, ses loges atypiques et les dimensions du plateau, des aménagements sont en vue pour améliorer le confort : climatisation, dosserets et même un nouveau pont lumière. À condition que la Ville investisse… Malgré tout, le public a répondu présent au célèbre Peeping Tom et à la canadienne Crystal Pite, qui, pour sa première venue à Marseille, a mis dans sa poche les inconditionnels de Shakespeare. En particulier de La Tempête, rebaptisée Tempest Replica comme gage de sa liberté, qu’elle a ressuscitée à travers une exquise alchimie de danse, d’images vidéo, d’écriture et de théâtre. Inconnus des français -plus pour très longtemps !-, les jeunes chorégraphes-interprètes de la scène madrilène Sharon Fridman et Janet Novas ont marqué d’une pierre blanche leur passage au festival. Rencontres, répétitions publiques dans la ville, spectacles ont tour à tour suscité l’intérêt, la surprise puis la ferveur de ceux que les méandres d’une programmation curieuse attirent dans ses filets. Et dieu sait que la pêche fut bonne !

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Juillet 2012