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Entretien avec Éva Doumbia pour sa reprise de Badine, d'après Musset

Deux fois Badine

• 9 février 2018 •
Entretien avec Éva Doumbia pour sa reprise de Badine, d'après Musset - Zibeline

Quinze ans après avoir créé Badine, un spectacle inspiré de la pièce d’Alfred de Musset On ne badine pas avec l’amour, Éva Doumbia le monte à nouveau.

Zibeline : À l’origine, qu’est-ce qui vous a conduite à mettre en scène cette pièce ?

Éva Doumbia : Au début des années 2000, un ami m’a appris que dans le milieu théâtral on me considérait plutôt comme une performeuse que comme une metteuse en scène. Il m’a donc suggéré de monter un classique. Or ce n’est pas ce vers quoi je tends spontanément. Mes goûts littéraires me portent certes vers le XIXe, le romantisme, cependant en matière de théâtre le seul classique qui me passionne est Racine, et je ne m’en sentais pas la carrure à ce moment-là. J’ai choisi ce texte qui n’a pas été écrit par Musset pour être mis en scène, mais pour être lu, parce qu’en vérité je l’aime beaucoup, en tant que lectrice.

Comment a-t-il été accueilli ?

Nous l’avons monté sans argent, car parmi les financeurs, personne n’y croyait ! Au début Badine a été joué trois semaines dans un atelier d’artiste du quartier du Panier, à Marseille. Alain Liévaux, qui était alors directeur du Merlan, l’a vu et m’a dit « je n’aime pas les classiques mais vous m’avez cueilli ». Suite à cela on a fait des représentations en lycée, transformant entièrement des salles à Saint Exupéry et Diderot. Un conseiller de la Drac est venu, et par son entremise nous avons effectué une tournée de six semaines en Afrique de l’Ouest.

Pour quelles raisons le reprenez-vous aujourd’hui ?

Au final, je le reprends à peu près pour les mêmes raisons, avec toujours le désir de parler à travers lui au monde contemporain. C’est un grand plaisir de s’y replonger, de se laisser traverser deux fois par le même texte. Mais je le travaille différemment. En 2002, j’avais ajouté des passages de La confession d’un enfant du siècle, publié par Musset deux ans après la pièce. Là, j’intègre des extraits d’Indiana de George Sand en plus. Elle était républicaine, et n’avait pas de mépris de classe, alors que lui était royaliste, le sort du prolétariat et de la paysannerie l’intéressait peu.

Il a écrit la pièce au moment de sa rupture avec George Sand, est-ce la raison pour laquelle vous rapprochez leurs œuvres ?

Il l’a en effet rédigée avec George Sand en tête, de même qu’elle pensait souvent à lui en écrivant ses propres textes. Dans Indiana, on perçoit son anti-esclavagisme à travers le personnage de Noun, l’équivalent de Rosetta dans On ne badine pas avec l’amour. C’est une créole, mais une réelle affection relie l’héroïne principale à sa femme de chambre. Ma vision du féminisme s’étant développée depuis quelques années, j’ai eu envie de faire davantage parler George Sand.

Vous re-créez donc Badine avec une dimension plus féministe ?

Lors de la première création j’étais féministe sans le savoir, instinctivement ; je n’avais pas encore construit de réflexion approfondie. Là j’ai voulu imprégner le texte de Musset de cette réflexion. De même que d’autres dimensions. Il était ivre du matin au soir, malade des nerfs, et passait son temps dans les bordels. Cela avait une influence sur son écriture et son comportement, c’est quelque chose que l’on va traiter : le décor est une table de banquet, avec énormément de bouteilles. Je ne porte pas de jugement moral là-dessus, mais c’est présent dans ce que l’on raconte. Ce ne sera pas lisse. J’aborde également la question de la diversité : ethnique, géographique, au niveau des accents…

Votre équipe est aussi différente, par rapport à la première version ?

Je reprends deux acteurs de la distribution initiale, bien-sûr pas les jeunes, car ils ont plutôt 50 ans aujourd’hui… Les jeunes de cette reprise sont sortis principalement de l’ERAC. Ils sont passionnés, portés par ce texte assez peu connu finalement. Il arrive que même les professionnels confondent Musset et Marivaux ! Eux ont entre 20 et 25 ans, il y a quelque chose qui leur ressemble dans cette pièce écrite par un auteur au même âge.

Propos recueillis par GAËLLE CLOAREC
Janvier 2017

À venir :
9 février
Le Sémaphore, Port-de-Bouc

Photo : Eva Doumbia -c- Lionel Elian


Théâtre le Sémaphore
Centre Culturel
rue Turenne
13110 Port-de-Bouc
04 42 06 39 09
www.theatre-semaphore