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Sébastien Herbecq présente Fortissimo : un programme pour favoriser l'accès des jeunes à l'Opéra de Marseille

« Désacraliser l’Opéra sans le dénaturer »

• 15 novembre 2018 •
Sébastien Herbecq présente Fortissimo : un programme pour favoriser l'accès des jeunes à l'Opéra de Marseille - Zibeline

Dramaturge et conférencier à l’Opéra de Marseille, Sébastien Herbecq a également mis en place cette année un programme destiné au public jeune (18-28 ans), Fortissimo.

Zibeline : Comment en êtes-vous venu à concevoir le programme Fortissimo ?

Sébastien Herbecq : L’Opéra de Marseille s’est toujours adressé à un public populaire. Ses prix sont particulièrement attractifs (de 13 à 80 € en tarif plein), et tout particulièrement au second balcon (20 à 45 € hors tarifs réduits) où la visibilité est très bonne. Contrairement à beaucoup d’autres opéras municipaux ou nationaux, nous distribuons gratuitement des programmes de salle -que je rédige moi-même !- qui présentent de façon claire et concise les œuvres. Notre politique d’action culturelle à destination des publics scolaires, avec par exemple À Marseille, l’Opéra, c’est classe !, fonctionne bien. J’ai eu l’occasion d’en bénéficier lors de ma scolarité, et cette rencontre avec La Walkyrie avait alors changé ma vie et celle de mes petits camarades. Tout comme la possibilité, jusqu’à 18 ans, de bénéficier de toutes les places à moitié prix. Il me semblait qu’une continuité était possible : je ne pensais pas qu’aux étudiants, mais aussi aux jeunes actifs, pour qui un billet d’opéra a un certain coût !

Quel prix proposez-vous donc au public jeune ?

Toutes les places encore disponibles un mois avant la date du spectacle, toutes catégories confondues, sont proposées au tarif unique de 10 euros à toute personne âgée de 18 à 28 ans, jusqu’au soir même de la représentation. Cela vaut pour les opéras mais aussi pour les concerts symphoniques. Je tenais à ce tarif particulièrement bas, le moins élevé de toute la grille tarifaire, tout en évitant des démarches compliquées, impliquant l’achat d’un Pass à l’avance ou la présentation systématique d’une carte d’étudiant. Mais, bien sûr, un programme destiné aux jeunes ne peut pas se contenter de proposer des billets à faible coût : il doit prendre garde à ne pas transformer les spectateurs en consommateurs éphémères. Le marketing ne pourra jamais tenir lieu de politique culturelle. Il était important de proposer d’autres accès à ce public qui ne s’estime pas à sa place dans une salle d’opéra.

Comme ce concert organisé le 15 novembre, uniquement à destination des 18-28 ans ?

Tout à fait. Ici encore, nous proposons un tarif unique, 9 euros. La salle leur sera donc réservée et huit stands d’associations étudiantes seront présents sur les lieux. Nous avons élaboré un programme accessible et musicalement riche, qui rassemble l’Orchestre Philharmonique de Marseille et trois chanteurs lyriques : Amélie Robins, Valentine Lemercier et Philippe Ermelier. Proposer des clefs de lecture des œuvres nous semble indispensable. Il faut les désacraliser, sans pour autant les dénaturer par excès de pédagogisme. Victorien Vanoosten pourra faire entendre le leitmotiv avant de jouer l’Ouverture du Hollandais Volant, par exemple. Contextualiser les œuvres nous semble être le premier pas vers une meilleure appréciation de celles-ci par les spectateurs.

Cette saison, chaque opéra est précédé d’une introduction à l’œuvre, élaborée par vos soins.

Ces présentations ont lieu 45 minutes avant chaque représentation. Destinées jusqu’alors au jeunes, elles sont cette saison gratuites pour tous les spectateurs munis d’un billet et rencontrent toujours un vrai succès. Tout comme les conférences thématiques que je propose une fois par mois, et qui s’articulent autour de la programmation de l’Opéra de Marseille : autour de la voix lyrique en septembre, du rôle de l’orchestre en octobre, et puis de Rossini le 17 novembre et de Verdi le 7 décembre. Elles ne sont pas destinées à un public particulièrement averti et permettent de décomplexer ceux qui n’ont pas l’impression de maîtriser les codes. La connaissance de l’opéra ne doit pas se limiter à un cercle restreint. Une fois qu’on admet cette idée, un peu folle, qu’un personnage puisse se mettre à chanter ce qui lui arrive, à le répéter plusieurs fois, à dialoguer avec l’orchestre… il existe tant de portes d’entrées vers ce spectacle total, vers cette forme si riche et si vivante. Une fois qu’on est tombé dedans, il est impossible d’en sortir !

SUZANNE CANESSA
Novembre 2018

Photo : Sébastien Herbecq -c- Véronique Guégan


Opéra de Marseille
2 Rue Molière
13001 Marseille
04 91 55 11 10
http://opera.marseille.fr/