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Isabelle Bourgeois et Sylvain Lizon respectivement à la direction des villas Tamaris et Arson

Des villas singulières

Isabelle Bourgeois et Sylvain Lizon respectivement à la direction des villas Tamaris et Arson - Zibeline

Entretien croisé avec Isabelle Bourgeois et Sylvain Lizon, respectivement nommés à la direction de deux structures culturelles phares de la région : la Villa Tamaris à La Seyne-sur-Mer et la Villa Arson à Nice

Zibeline : Pouvez-vous en quelques mots rappeler les missions historiques de vos institutions ?

Isabelle Bourgeois : La Villa Tamaris a été pensée par son fondateur et directeur Robert Bonaccorsi comme un centre d’art orienté vers la peinture, plus spécifiquement la figuration narrative, avec l’idée également de créer un fonds permanent. C’est un centre d’art non labellisé par le ministère de la Culture, il n’a donc pas les mêmes obligations que la Villa Arson par exemple. C’est un lieu de diffusion et de monstration de l’art contemporain.

Sylvain Lizon : La Villa Arson est un établissement atypique, né d’une volonté politique forte de créer des pôles de création qui soient des alternatives aux écoles des beaux-arts que l’on trouvait à Paris. L’enjeu pour André Malraux était de structurer des pôles puissants capables d’être connectés à l’international : des lieux de création, de production, de formation et de diffusion. C’est dans ce contexte que la Villa Arson s’est implantée en 1972 sur ce site remarquable à Nice. Il s’agissait à l’époque d’avoir une université des arts qui couvrait un vaste champ de disciplines reprenant les entités de l’ancienne école des arts décoratifs, mais en les augmentant et en les mettant à jour au regard des pratiques de l’époque. À cette entité s’ajoutait celle d’un centre international de recherche artistique dont la vocation était de montrer la scène la plus libre et la plus émergente sur le plan international.

Quels sont les enjeux actuels auxquels vous devez faire face ?

Isabelle Bourgeois : C’est d’abord de s’ouvrir plus encore à tous les publics et à tous les artistes pour faire de la Villa Tamaris un lieu ressources en art contemporain. C’est aussi, pour moi, baliser la métropole maritime avec, à l’Est, la Villa Noailles dédiée au design, à la photographie et à la mode, et à l’Ouest, la Villa Tamaris. On couvre ainsi totalement les champs de l’art visuel.

Sylvain Lizon : Dès son ouverture, la Villa Arson est apparue comme un lieu expérimental, connecté aux formes et aux technologies émergentes de l’époque. Elle a été très tôt concernée par la question du son, du numérique, de la photographie reconnue en tant qu’œuvre… Les enjeux se situent moins dans le domaine artistique que dans la façon d’appréhender le présent : en matière de lieu de production et de diffusion et dans sa relation au public, la Villa Arson peut et doit être traversée par les mutations que nous connaissons sur le plan social, politique, environnemental. Elle doit être un espace d’échanges et de dialogues pour contribuer au débat. Pour ce qui est de la formation, elle doit pouvoir s’adresser à des jeunes gens appelés à être artistes mais aussi, surtout, à être acteurs d’un monde en transformation. Cela veut dire ouvrir les formations à des champs extérieurs à l’art, vers la sociologie ou les sciences politiques par exemple, pour que les étudiants soient en capacité d’agir dans la complexité du présent. L’objectif est aussi d’internationaliser l’école, faire circuler étudiants et enseignants, renforcer les résidences et les échanges, se connecter aux différentes scènes multipolaires de la création sur tous les continents.

De fait, quels projets envisagez-vous et disposez-vous des budgets nécessaires à vos ambitions ?

Isabelle Bourgeois : Je continue la politique d’expositions avec trois ou quatre rendez-vous par an, moins qu’avant donc, mais je vais ouvrir le bâtiment différemment car je considère la Villa un peu comme des plateaux. Au rez-de-chaussée et au premier étage les expositions, au rez-de-jardin les work in progress ouverts à une création plus jeune, à des projets plus courts, aux écoles d’art, à la communauté universitaire au sens large. Un espace conçu comme un « laboratoire ». L’étage supérieur permettra de développer un programme de résidences croisées pour les plasticiens, les chorégraphes, les écrivains, les musiciens… J’aimerais ouvrir plus largement le centre de documentation où l’on trouve notamment les catalogues et les publications de la Villa. Grâce au budget de la métropole TPM, la Villa Tamaris peut mener à bien ses actions. D’ailleurs notre première exposition débutera le 5 avril dans le cadre du projet du Frac « Des marches, démarches », avec les artistes Marie Chéné, Olivier Millagou / Nico Morcillo, Romain Rondet / Gabriele Salvia, Pascal Simonet et Jean-Baptiste Warluzel.

Sylvain Lizon : Les programmes se construisent actuellement et se déclineront dès la rentrée prochaine. D’ores et déjà, c’est la possibilité pour la Villa Arson de répondre aux appels à projets qui permettront d’accueillir des chercheurs internationaux, de profiter de l’ambition et de la dynamique de l’Université Côte d’Azur pour être à la hauteur de la situation internationale. Pour l’instant on ouvre de tous les côtés, on se met tout radar dehors. On va construire des programmes structurants dans le cadre d’accords bilatéraux ou du programme Erasmus +, inviter des commissaires internationaux, etc. La France a déjà un réseau et un tissu très denses autour de l’art contemporain mais elle a du mal à se connecter aux circuits internationaux. Il est donc essentiel pour les jeunes artistes de mettre en place une autre dynamique.

La tenue de Manifesta 2020 à Marseille a-t-elle déjà des répercussions sur votre feuille de route ? Qu’attendez-vous en retour en termes de fréquentation et de visibilité internationales ?

Isabelle Bourgeois : Pour ma part, j’ai élaboré ma programmation sans penser spécifiquement à Manifesta 2020. Comment Manifesta va se structurer sur Marseille, s’ouvrir au territoire… je ne sais pas. Je pense que certains publics vont circuler d’un territoire à l’autre en fonction des événements, comme c’est déjà le cas avec la Design Parade à Hyères et Toulon.

Sylvain Lizon : Je vois Manifesta comme une formidable opportunité pour ce qui est de la présence internationale sur un territoire extrêmement fertile culturellement, et comme un enjeu important pour la Villa Arson par rapport à ses questionnements et à sa mutation. Je me réjouis de sa présence à Marseille et j’espère que l’on pourra multiplier les liens, les relations, les coproductions. Quand on regarde l’énergie et l’engagement qui se dégagent de Montpellier à Nice, en passant par Marseille, l’occasion de Manifesta peut être un moment de cristallisation qui renforcera la visibilité de notre territoire à l’international.

ENTRETIENS RÉALISÉS PAR MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Février 2019

1 Réhabilitée en centre d’art en 1995, la Villa Tamaris a été transférée à la métropole Toulon Provence Méditerranée en 2004.

2 La Villa Arson est un établissement public administratif du ministère de la Culture qui réunit une école nationale supérieure d’art, un centre national d’art contemporain, une résidence d’artistes et une médiathèque spécialisée.

Villa Tamaris, La Seyne-sur-Mer (83)
04 94 06 84 00 villatamaris.fr
Villa Arson, Nice (06)
04 92 07 73 73 villa-arson.org

Photo 1 : Isabelle Bourgeois, oeuvres de Sandra Le Coq – Le moulin, octobre 2015 (arrière-plan) © X-D.R.

Photo 2 : Sylvain Lizon © Hubert Crabières