Bilan du Forum euroméditerranéen au Théâtre Liberté de Toulon

Des modèles en crise

 Bilan du Forum euroméditerranéen au Théâtre Liberté de Toulon - Zibeline

Au Théâtre Liberté de Toulon se tenait, du 21 au 23 mars, le Forum euroméditerranéen du réseau euromedinculture : l’occasion de tables rondes, ateliers et spectacles autour des politiques culturelles dans cet espace géographique dense et divers. La première rencontre de ce forum qui s’attachait à interroger les «nouveaux modèles économiques pour les arts et la culture», fit voir, de façon flagrante, la différence des réalités économiques d’une rive à l’autre, mais aussi une certaine inadéquation des cadres d’intervention des financements, avec les réalités locales.

En Allemagne ce sont les régions et les villes qui financent la culture expliqua Herta Pietsch-Zuber, responsable de la culture de la Ville de Munich. Celle-ci, qui «a pleinement conscience que la culture est un vecteur de développement» lui consacre 5.2% de son budget, soit 160 millions, tandis que le Land de Bavière lui alloue plus de 300 millions ! Elle note pourtant que ces moyens stagnent depuis des années, alors que les charges s’accroissent considérablement, que financer les équipements et troupes salariées dans un pays comme l’Allemagne a un coût plus élevé qu’ailleurs : «le système est en danger de basculer, les fonds vont vers les institutions installées, et les projets indépendants ne parviennent plus à émerger.»

Ricardo Vasquez (directeur de la culture du Var qui cofinançait le forum) qualifia le système français de monarchique. «C’est l’État qui décide de ce qui est bon ou ne l’est pas. Ses budgets sont en baisse, il s’est déchargé du paiement des artistes par le régime de l’intermittence, ou du RSA pour les plasticiens. Mais cela n’empêche pas l’hypercentralisation de ses financements : presque tout va à Paris, il faut faire partie des cercles approuvés pour tourner dans les réseaux nationaux. Aujourd’hui on enlève des moyens fiscaux aux collectivités territoriales, et cela va déboucher sur une véritable crise du financement de la culture, majoritairement assumé par les communes, même si l’État continue d’attribuer des labels et de décider des directions comme si il était le principal payeur.»

Marina Barham, modératrice (Palestine), confirma que le système français était perçu en Europe comme opaque, fondé sur une compétition permanente qui nécessitait d’appartenir à des cercles… Bien sûr, la réalité de la Jordanie est tout autre : même si le Royaume est un modèle de stabilité dans la région, expliqua Lina Attal (King Hussein Foundation), les budgets alloués à la culture sont minimes, et les acteurs culturels doivent «tricher» pour obtenir des financements internationaux au nom des droits de l’homme : la culture ne fait pas partie des préoccupations nationales, en dehors de l’attrait touristique. Et en Tunisie «la culture sert à décorer le politique» explique Rochdi Belgasmi, chorégraphe. Mais une scène indépendante se construit grâce à la liberté nouvelle, et au soutien du peuple qui participe bénévolement, achète des produits dérivés, s’implique…

Se dessine donc le paysage paradoxal d’une Europe figée dans d’anciens systèmes en crise, et de pays plus pauvres faisant feu de tout bois. Pour quel modèle ?

AGNÈS FRESCHEL
Avril 2013

www.euromedinculture.org


Théâtre Liberté
Grand Hôtel
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