MP2013 : la Capitale culturelle du point de vue des entreprises : quel bilan et quels échos pour l'avenir ? L'exemple de l'AP-HM

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MP2013 : la Capitale culturelle du point de vue des entreprises : quel bilan et quels échos pour l'avenir ? L'exemple de l'AP-HM - Zibeline

La Capitale culturelle du point de vue des entreprises : quel bilan et quels échos pour l’avenir ? L’exemple de l’AP-HM

L’une des spécificités de MP2013 par rapport à d’autres Capitales européennes de la Culture a été la volonté d’impliquer les entreprises de façon particulière. Mastodontes de l’économie ou PME, publiques ou privées, nationales ou régionales, nombreuses sont celles qui ne se sont pas contentées de mettre la main à la poche, mais ont joué le jeu en accueillant des artistes en résidence et en impliquant leurs équipes sur le long terme. Les Ateliers de l’EuroMéditerranée, financés conjointement par les entreprises et MP2013, et les Ateliers de Participation Citoyenne, qui ont impliqués les personnels et les habitants dans des processus de création aux côtés d’artistes, font partie des dispositifs originaux qui devraient perdurer après 2013, si l’on en croit le dernier rapport du Conseil d’Administration de MP2013.

L’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM) est l’un des plus gros employeurs de la région avec 15 000 salariés sur 5 sites hospitaliers. À travers son programme Santé e(s)t culture(s), l’AP-HM a amplement participé à l’année capitale, parfois très en amont de 2013. L’Action de Participation Citoyenne Un air de famille a ainsi été initiée dès octobre 2010 avec les personnels de la Conception, des patients, et les étudiants du Centre de Formation des Musiciens Intervenants, produisant une quarantaine de chansons dans 17 langues qui résonnent encore dans les couloirs. À l’Hôpital Nord, le collectif du Cabanon Vertical est intervenu en 2011, menant à bien plusieurs projets d’amélioration de la vie des services au quotidien. On lui doit une signalétique à la fois ludique et efficace en chirurgie infantile, et un espace convivial en médecine interne, deux propositions grandement appréciées par les familles dans un contexte souvent éprouvant.

Sur le site de Sainte-Marguerite, les étudiants de l’École Nationale Supérieure de Paysage ont encadré des équipes de soignants, des élèves infirmiers et des patients, tous armés de pelles et de pioches, afin d’offrir un beau jardin à la cour centrale. Pour Josianne Cassin, psychologue dans le service du Pr Naudin, l’apport du jardinage est considérable : «Chez les psychotiques qui souffrent tellement de solitude, le travail collectif est précieux, et puis si l’on fatigue le corps, les idées tournent moins vite». C’est ici également qu’est intervenu le metteur en scène de théâtre Marco Baliani, dans le service d’endocrinologie du Dr Raccah. Éliane Pic est art-thérapeute, elle ne tarit pas d’éloges sur le bénéfice ressenti par ses patients en surcharge pondérale. «Le travail sur Le baiser de la grenouille, conte sur la découverte de soi, a libéré les gestes de ces personnes qui ont souvent honte d’elles-mêmes, créé énormément de complicité, renforcé l’alliance pour les soins. Beaucoup ont perdu du poids.» Après coup, l’expérience a servi d’outil de travail en groupe de parole, et les patients qui ont réclamé sa reconduction ont été entendus par le médecin responsable : un prolongement est à l’étude.

Pourtant, dans un milieu hospitalier malmené par les objectifs de rentabilité, la mise en place de projets culturels impliquant budgets et mobilisation des personnels n’allait pas de soi. Les équipes surchargées de travail se sont parfois inquiétées du coût de ces opérations, quand un renfort aurait été si bienvenu. Comme dans certains Quartiers créatifs -dispositif de participation citoyenne destiné à impliquer les habitants des zones sensibles dans un acte artistique propre à changer le quartier dans lequel ils vivent-, l’extrême urgence dans laquelle vivent les publics concernés a parfois empêché de mesurer combien ces actions étaient originales et précieuses. Mais outre l’impact thérapeutique réel de ces résidences d’artistes, la capitale culturelle aura aussi permis aux employés de l’AP-HM de pointer leurs frustrations et souffrances. Comme le souligne Éliane Pic, «il aura eu un avant et un après».

GAËLLE CLOAREC
Janvier 2014

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Photos Le Baiser de la grenouille, jardin d’hospitalité de l’hôpital Salvator, Marseille 9e -c- Mathieu Ducaroy et Salon de Provence, l’archipel des Canougues, cabanon vertical © CABANON VERTICAL

Salon-de-Provence,-l'archipel-des-Canougues,-cabanon-vertical-©-CABANON-VERTICAL