Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Les Rencontres à l’échelle, du 7 novembre au 1er décembre à Marseille

D’échelle en passerelle

• 7 novembre 2018⇒1 décembre 2018 •
Les Rencontres à l’échelle, du 7 novembre au 1er décembre à Marseille - Zibeline

Les Rencontres à l’échelle jouent un rôle essentiel dans le rayonnement d’œuvres et d’artistes des autres rives de la Méditerranée. Entretien avec Julie Kretzschmar, leur fondatrice.

Zibeline : Bancs publics vient de fêter ses 20 ans et c’est la 13e édition des Rencontres à l’échelle. Quelle est l’essence du festival ?

Julie Kretzschmar : Nous avons créé un projet ancré localement, dont la volonté était de travailler à l’échelle internationale avec comme singularité le repérage d’une scène artistique localisée sur la rive sud de la Méditerranée, peu identifiée voire inconnue en Europe. L’idée était de partir de l’identité cosmopolite de Marseille, très rattachée à la culture arabe, et de créer des ponts à partir de ces appartenances marseillaises vers le Maghreb notamment, mais aussi l’Océan Indien. Le festival s’attache à valoriser des créateurs qui représentent de manière très contemporaine des réalités locales, en général médiatisées tout à fait différemment. Nous travaillons, depuis la première édition, avec des artistes moyen-orientaux, africains ou européens dans une démarche d’échange permanent, de croisement des regards. Ils inscrivent leurs projets dans des questionnements d’humanité. Ils travaillent dans des contextes de production loin des standards européens, mais sont aussi des artistes qui voyagent. De par leurs gestes et les récits qu’ils portent, ils abordent à la fois la question du déplacement et de la migration. Car nous sommes dans un monde fabriqué par des mouvements migratoires. Si aujourd’hui c’est une vision répandue, nous avons été à l’avant-poste de cette approche. Des artistes programmés au Festival d’Avignon ont été découverts ici. Nous revendiquons ce rôle de marchepied. Constituer cette passerelle, donner à une œuvre une visibilité, lui permettre de trouver son élan continue pour nous d’être un enjeu.

Comment construisez-vous votre programmation ?

C’est chaque année une drôle d’histoire. D’abord parce qu’elle se crée dans une temporalité qui n’est pas celle d’une année sur l’autre. On peut aussi bien travailler pour dans trois ans que pour dans trois mois. C’est ensuite mettre un rond dans un carré, avec des tas de désirs. Je suis fidèle à certains artistes que l’on accompagne de manière pérenne, car c’est aussi une manière de fidéliser un public. Tout en faisant la part belle à des créateurs que nous découvrons. Nous sommes également attentifs à des artistes confirmés. Je peux fonctionner à la rencontre comme à la capillarité avec des artistes devenus pour moi des guides.

Quels sont les temps forts de cette édition ?

On invite les spectateurs de la même manière à découvrir l’ensemble de la programmation. Après, il y a des invitations plus tendues que d’autres. Gurshad Shaheman, que je produis depuis plusieurs années, présente son deuxième projet, présenté à Avignon et créé intégralement à la Friche la Belle de Mai. C’est une proposition d’une altérité inouïe, basée sur des récits de la communauté LGBT en exil, depuis la Grèce ou le Liban, mais qui s’est fabriqué, ici, en face de nos bureaux. Tania El Khoury, qui se situe entre arts visuels et performance et vit entre Beyrouth et Londres, crée une forme pour un spectateur. L’invitation est forcément très limitée. Je suis très contente également de la soirée de clôture où on accueille la première étape du projet de création de Nicolas Stemann sur une adaptation de textes dont Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud, auteur que j’ai invité il y a plus de dix ans et qui depuis est devenu une star. Après il y a deux concerts : le jeune Marseillais Johan Papaconstantino, assez pop expérimentale, et Arabstazy, collectif de DJ qui montre la richesse de la musique électronique arabe.

Y a-t-il un fil rouge, des points de convergence qui lient les propositions de cette édition ?

Oui. Quasiment tous les artistes projettent dans leur œuvre quelque chose de très personnel de leur parcours, de leur pensée, de leur identité. Ils expriment une des choses les plus passionnantes de l’époque qui est la mobilité de l’identité. Comment, à l’intérieur d’un monde globalisé en mobilité permanente, le corps est traversé par les questions de la construction de l’identité, parfois liées à la diaspora. Qu’on soit sur la question de l’identité de genre, de l’identité culturelle, familiale ou du déplacement entre les territoires. La possibilité de faire des choix d’identité individuels ou communautaires, et pas forcément l’un au détriment de l’autre, est une des plus grandes transformations de ces deux derniers siècles. La modernité de notre temps est vraiment là.

Peut-on parler d’un festival politique ?

L’art et le politique sont indissociables. L’art est profondément politique. Nous choisissons des artistes qui parlent du monde dans lequel ils vivent et qui se transforme. Il y a un engagement à dire ce que l’on voit. Ce que l’on voit de violent, de complexe. Il y a une partie plus souterraine de notre travail qui est l’accompagnement des publics, ceux qui viennent et ceux qui ne viennent pas. On a des résidences d’artistes tout au long de l’année, auxquelles sont associés par exemple des associations de femmes ou des jeunes en insertion. Faire relever la proposition artistique et la proposition culturelle d’un même mouvement est aussi de l’ordre de l’engagement.

Entretien réalisé par LUDOVIC TOMAS
octobre 2018

Les Rencontres à l’échelle
7 novembre au 1er décembre
Divers lieux, Marseille
04 91 64 60 00
lesrencontresalechelle.com

À venir :
Le 7 novembre, Somani Road, film de Stefano Savona, au Gyptis
Le 9, vernissage de Horse Day, exposition vidéo de Mohamed Bourouissa, à la Friche
Le 10, Des moutons et des hommes, film de Karim Sayad, au Vidéodrome ; Mama, pièce d’Ahmed El Attar, au Merlan

Photo : Julie Kretzschmar (c) Christophe Pean