Entretien avec Alain Arnaudet, initiateur d'une série de débats sur l'après 2013

Débats à la Friche. Marseille 2014

Entretien avec Alain Arnaudet, initiateur d'une série de débats sur l'après 2013 - Zibeline

La Friche et Marseille Provence 2013, en partenariat avec La Provence, Le Ravi, Libération, radio Grenouille et Zibeline, proposent trois débats sur ce sujet. Alain Arnaudet, à l’origine de cette démarche, explique ses motivations.

Le cycle de débats démarre jeudi, orchestré par MP2013 et par la Friche que vous dirigez. Pourquoi lancer cette démarche maintenant ?

Alain Arnaudet : On s’est rendu compte que l’année culturelle était avancée et qu’on pouvait tirer déjà un certain nombre d’enseignement après la réussite de ces premiers mois de l’année Capitale, mais qu’on ne voyait pas arriver la question de l’après. Pour nous à la Friche, et je pense que ça vaut aussi pour l’ensemble des opérateurs culturels, la véritable année Capitale, c’est 2014. Parce qu’il y aura des élections : il faudra que les candidats se positionnent sur un projet de territoire. Et puis parce qu’il n’est pas certain que l’on ait les mêmes moyens à notre disposition en 2014 pour que l’élan, qui a été celui de 2013, continue. On constate déjà que les budgets seraient plutôt à la baisse. C’est maintenant qu’il faut se poser la question. J’espère qu’il n’est pas trop tard ! Il faut se poser la question avec fermeté et confiance, dès maintenant. Il fallait que quelqu’un le fasse. Il n’est pas neutre que nous le fassions car notre équipement est un de ceux qui ont le plus profité de cette année Capitale, porté par cet élan. Il semble légitime que la Friche et ses 70 acteurs, car il y a 70 structures sur ce site, lance ce débat-là, avec le sourire, avec le plus de confiance possible en l’avenir, mais avec une grande vigilance.

Quelle méthodologie avez-vous choisie pour organiser ces débats ?

Nous nous sommes tournés vers nos partenaires car je considère que les médias sont nos partenaires sur cette opération : ce sont eux qui ont une vision la plus élargie possible sur cette année Capitale, d’abord sur les secteurs d’activités qui sont touchés par cette année, ensuite en termes géographiques. Ce sont eux qui ont la véritable vision de Marseille-Provence en 2013. Moi, j’ai une vision de la Friche qui est un peu réduite, j’ai mes quatre murs qui font deux hectares et demi, c’est déjà pas mal. Je suis assez récent sur le territoire, et il était important que les acteurs de ce territoire soient associés. Il s’agissait de définir avec eux, au cours de réunions, quels pouvaient être les faits saillants de cette année Capitale et comment le paysage culturel, social, économique, avait été changé par elle. Quels pouvaient être les éléments de travail pour l’avenir, faire une sorte de bilan à mi-parcours.

Donc, vous allez inviter tous les candidats susceptibles de briguer toutes les villes du territoire l’année prochaine ?

On n’ira pas jusque-là ! Puisqu’on organise ces débats à Marseille, on va se positionner sur les élections municipales à Marseille. En donnant, pourquoi pas, la parole à un autre candidat d’une autre ville. On n’a pas encore arrêté le schéma du deuxième temps de ces débats. D’abord, durant les trois premiers débats jusqu’en octobre, ce sont les personnalités de la société civile que nous invitons ; après nous donnerons la parole aux candidats républicains. On a d’abord pensé à Marseille car c’est la capitale régionale pour laquelle il y a beaucoup d’enjeux dans une évolution probable de ses institutions. La création de la métropole verra grandement les cartes redistribuées en termes de spécificités institutionnelles : qui porte quoi ? qui accompagne quoi sur ce territoire ? comment répartir les missions sur l’ensemble du territoire entre les différentes collectivités ?

Est-ce que Marseille-Provence 2013 est associée à l’organisation de ces débats ?

MP2013 est coorganisatrice de ce forum. C’était évident pour moi, que l’association soit organisatrice. Si elle n’avait pas été à nos côtés, je ne suis pas certain qu’on l’aurait porté, en tout cas, on l’aurait porté différemment. Il me semblait important que l’association qui a soutenu la candidature et la mise en œuvre de cette grande révolution culturelle, soit associée. Qui d’autre est plus légitime que MP2013 pour tirer tous les enseignements de cet événement, des perspectives, des craintes aussi pour l’avenir ?

Quelle est la finalité de cette démarche : un livre blanc de la culture soumis aux candidats aux municipales ?

Ça peut être un livre blanc, un recueil de questions, de positionnements, d’impressions, de sensations, qui vont du quantitatif au qualitatif. Une sorte de photographie de ce qu’est aujourd’hui cet événement, de ce qu’il a apporté, une projection de ce que ce territoire devrait devenir dans les années à venir… Je pense qu’il est important qu’on se positionne très clairement car, je le vois au niveau de mon territoire qui est la Friche, nous, le public, les acteurs culturels, tout le monde est enthousiaste à propos de ce qui se passe ici. En même temps, j’éprouve une véritable angoisse pour l’avenir et je suis certain que mes collègues sont dans la même position. On voit que cet événement a déclenché beaucoup de choses avec le public. Même au niveau du quartier, dans la manière dont on a pu entrer en dialogue avec les habitants de la Belle de Mai.

Vous n’avez aucun retour de la part des politiques qui ont soutenu MP2013, qui ont financé les investissements, sur ce qui va se passer après ? Aucun signal ?

Ils sont en précampagne… c’est difficile pour eux de parler avant d’être lancés dans la compétition, chacun prépare ses armes, ses dossiers, son programme. Forcément, ils ont tendance à moins s’exprimer. On sent néanmoins que c’est une question à laquelle ils sont sensibles. Dès que j’ai un micro, dès que je rencontre un élu ou un candidat potentiel, je parle de 2014. Pour moi, c’est essentiel. Parce que parfois la culture est le parent pauvre d’une candidature, d’un programme, on a vu sur des élections nationales combien elle pouvait être absente. Ici, ce sera particulier parce qu’il y a eu 2013 et qu’ils ne pourront pas faire l’économie d’un positionnement par rapport à ça. À nous de les inciter à rendre cette prise de parole sur le sujet inéluctable. C’est peut-être aussi trop tôt en termes de calendrier politique.

Est-ce qu’il ne serait pas légitime ou stratégique de lancer une pétition auprès de la population marseillaise pour qu’elle dise si elle souhaite que ça continue ou pas ?

Je pense qu’un appel au large, pour prendre un terme à la fois du rugby et de la mer, sera peut-être nécessaire mais je ne sais pas si ça devra prendre la forme d’une pétition qui est toujours un peu dangereuse. Le livre blanc pourrait être en revanche mis en débat, être accessible au public, amendable pourquoi pas par les électeurs. Inviter le citoyen à s’exprimer sur cette question-là, je pense que c’est une bonne chose. On n’est pas dans une logique de se positionner contre mais plutôt de se positionner pour.

MP2013 a été l’occasion de nombreux investissements, la question se pose dans l’après 2013 : comment les structures vont-elles fonctionner après 2013, avec quelle répartition du budget ?

C’est le sujet sur lequel on doit travailler. On a donné beaucoup d’espoirs à un certain nombre de lieux. Certains ont été totalement créés, d’autres réhabilités comme le nôtre, des projets artistiques sont nés. Qu’en fait-on maintenant pour l’intérêt général ? Il est nécessaire qu’on se pose la question maintenant, j’espère qu’il n’est pas trop tard. À Lille, car on fait toujours le parallèle avec Lille, c’est une question qui s’est posée avant même le début de l’année Capitale, nous, on a pris un peu de retard et on devra répondre vite à la question car le 1er janvier 2014, c’est dans six mois. Et dans six mois il faudra qu’on ait les moyens de fonctionner en 2014. C’est très tard…

Est-ce que l’inquiétude dont vous parliez est nourrie notamment par la baisse de subventions ?

Pour des lieux comme la Friche, c’est toujours inquiétant mais on va refaire notre budget, on va resserrer nos marges. Mais pour des petites structures, 10% de baisse des collectivités territoriales, c’est énorme et c’est la vie même du projet qui est en jeu. Parce que c’est sur ces 10%-là que va, non pas la marge artistique, mais le salaire des gens. Nous et quelques autres institutions, on arrivera, en se serrant les coudes, à passer. D’autres jouent leur survie.

Entretien réalisé par LA PROVENCE, RADIO GRENOUILLE, LE RAVI et ZIBELINE
Juin 2013

Photo : c Agnès Mellon

Premier débat (lire ici l’annonce de Zibeline) :

le 27 juin à 18h30
La Friche, Marseille 3e

 

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