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La Cavale, librairie coopérative à Montpellier

De L’Ivraie à La Cavale

La Cavale, librairie coopérative à Montpellier - Zibeline

À Montpellier, à côté de l’immense librairie Sauramps du centre-ville, une librairie coopérative propose un modèle différent.

Quartier des Beaux-Arts à Montpellier. Son école du même nom ; son marché ; ses bistrots tous sympas ; ses commerces de bouche ; sa boutique de vape. Jusqu’en septembre dernier, il abritait aussi la micro librairie L’Ivraie, où de réguliers passants s’enivraient de mots. Pas assez, pourtant, pour que ce commerce tienne l’équilibre. Son propriétaire a dû fermer, laissant un trou dans le tissu du quartier. On n’est ici pas loin du centre-ville, des multiples offres culturelles livresques ; mais les habitants des Beaux-Arts ne sont pourtant pas résolus à la perte de ce lieu de vie, commerce de proximité.

Leçon de prise en main citoyenne et solidaire, avec le livre comme ciment.

Une association s’est constituée, vite devenue SCIC, avec pour projet de rouvrir une nouvelle librairie : les Coop’s de l’Ivraie, rassemblant d’abord les voisins, les clients de l’ancienne librairie. L’appel à souscription de parts sociales est lancé en juillet. En deux semaines, la moitié de la somme est déjà assurée, pour un objectif de 30 000 parts (20€ minimum). Le nom du futur lieu est trouvé dans la foulée. Les Coop’s ont pensé à La Belle équipe, ou Les Bouquins d’abord. Ce sera finalement La Cavale, belle échappée puisque la librairie est située rue de la Cavalerie.

En octobre, les travaux, menés par les membres de la SCIC, débutent dans un local acquis juste en face de L’Ivraie, avec une surface de vente triplée (90m2). 300 coopérateurs plus tard, (et 30 000€ récoltés en souscriptions, plus un peu de subventions de Centre national du Livre et des prêts bancaires), La Cavale ouvre ses portes le 23 novembre 2018, un mois avant Noël, timing parfait pour une inauguration au galop maîtrisé.

Deux libraires professionnels sont recrutés (la nîmoise Marion Floris et le parisien Julien Haution), des comités sont montés, où les contributeurs peuvent s’inscrire selon leurs aptitudes, envies, besoins. Tout est collégial : communication visuelle assurée par les designers, choix des animations, management, site Internet, stratégie de fidélisation, décoration du lieu… Le mélange entre « bonnes volontés », professionnalisme et engagement moral est bien dosé, laissant circuler les énergies.

La clientèle est régénérée, multipliée. Au-delà des anciens de l’Ivraie, et même des membres des Coop’s, beaucoup sont déjà fidèles, pour bon nombre venus du milieu associatif montpelliérain. Des ponts entre les différentes actions coopératives se tissent et se nourrissent. Les adhérents à La Cagette (supermarché coopératif situé dans un autre quartier) ont été parmi les premiers sensibilisés au projet. L’aventure représente en effet une occasion supplémentaire de fédérer les initiatives investies dans l’invention d’un nouveau mode de consommation et de prise en main d’une économie à échelle locale et solidaire. Les habitants du quartier investissent le lieu joliment aménagé (fort de près de 10 000 références en rayons), qui propose chaque mercredi une lecture pour les enfants, un débat Sciences Humaines par mois, invite des auteurs, prévoit d’organiser des rencontres avec des éditeurs, et mettra, une fois par an, la littérature d’un pays à l’honneur.

Tout comme dans une « vraie » librairie ? Plus encore, puisqu’au-delà des conseils avisés des libraires, on peut partager les coups de cœur des coopérateurs, qui participent aussi à la vente, à l’accueil, et bientôt pourront enrichir le site de La Cavale avec leurs comptes-rendus de lecture.

ANNA ZISMAN
Janvier 2019

lacavale-librairie.com

Photo : Marion Floris, librairie La Cavale c A.Z.