Les Journées Européennes du Patrimoine 2012

De belles journées

Les Journées Européennes du Patrimoine 2012 - Zibeline

Les Journées Européennes du Patrimoine (JEP) sont devenues un tel rituel que l’on a perdu de vue leur origine, et leur intérêt. Créées en 1991 par l’Europe, elles sont en fait nées de la journée «Portes ouvertes dans les monuments historiques» inventée par Jack Lang en 1984, dans le but très affirmé de «rendre le patrimoine vivant et accessible à tous». Dès 1985 de nombreux pays ont emboité le pas, la recette s’est exportée jusqu’à Taïwan, élargie à plus de 50 pays, étendue sur tout un week-end, et a provoqué une réelle réflexion sur la notion même de patrimoine culturel, qui dépasse aujourd’hui de loin l’idée de monument historique.

Les JEP n’ont cessé de grandir depuis leur création et jusqu’en 2009 : en terme de fréquentation (plus de 11 millions de visiteurs chaque année en France), d’accès généralement gratuit dans les musées et monuments, mais surtout d’ouvertures exceptionnelles de lieux privés, jardins remarquables, bâtiments publics, et aussi de fabriques artisanales ou bâtiments industriels… L’idée de patrimoine s’est réinventée à travers le thème annuel décliné chaque année : si la célébration des Grands Hommes a suscité des polémiques en 2010, en 1997 le Patrimoine industriel était fêté, en 2004 les Sciences et techniques, en 2007 les Métiers du patrimoine… Quant à Patrimoine et Création en 2008, le thème a véritablement permis de «rendre vivant» le patrimoine, et aux JEP de connaître leur acmé, en faisant entrer dans les lieux patrimoniaux musique et spectacle vivant.

Mais depuis 2010, les JEP traînent un peu la patte en France. Les monuments historiques, surtout dans notre région, ont tendance à ne plus ouvrir leurs portes, ou à proposer nettement moins d’événements, se contentant de garantir l’accès. Il faut dire que le budget consacré par l’État au patrimoine ne cesse, depuis 2010, de chuter, passant de 1.2 milliard à 775 millions aujourd’hui. Les musées et monuments n’ont généralement plus les moyens d’inviter des artistes dans leurs murs… et se contentent de proposer, au mieux, des animations, visites guidées et ateliers pédagogiques. Une autre manière de rendre le patrimoine accessible. Mais vivant ?

Ici et maintenant

L’édition 2012, même si les chiffres de fréquentation ne sont pas encore publiés, semble avoir inversé la courbe en termes de fréquentation : de Briançon à Arles, quelques records de fréquentation ont à nouveau été battus. Il faut dire que les ouvertures furent plus nombreuses cette année : à Marseille en particulier l’office de tourisme a enregistré des affluences importantes dans les lieux habituels (Préfecture, musées, hôtel du département, promenades commentées..). Marseille a également su concrétiser son approche particulière, populaire, du patrimoine, en plusieurs lieux. À l’Estaque, avec une magnifique promenade chantée ; au Merlan, où Safi et Coloco réinventent un «jardin possible» au cœur de la cité de la Busserine…. Les quartiers créatifs de Marseille Provence 2013 ont investi les gares des quartiers nord en transformant ces lieux de passage désagréables en lieux de vie paradoxaux. Ruedi Bauer a transformé l’avenir de la Cité de la Viste en installant simplement un Belvédère provisoire qui révèle la splendeur passée et possible du lieu…

L’idée de tout cela ? Le patrimoine est à tous, partout : il faut faire confiance aux passeurs pour nous le faire comprendre, mais aux artistes pour le dévoiler !

AGNÈS FRESCHEL

Octobre 2012

 

Les Journées Européennes du patrimoine ont eu lieu les 15 et 16 septembre