Entretien avec Yves Vasseur, le commissaire général de Mons 2015

D’autres Capitales…

Entretien avec Yves Vasseur, le commissaire général de Mons 2015 - Zibeline

Vous pensiez que la France en avait fini pour longtemps avec les Capitales Européennes de la Culture ? Eh bien non : Mons en 2015 puis San Sébastian en 2016 associent des villes françaises frontalières à leur élection… Dans un esprit différent de Marseille Provence

Yves Vasseur, le commissaire général de Mons 2015, est un des fondateurs, depuis les années 80, de la notion de scène transfrontalière. Depuis Mons, il a participé à la création du Manège avec Didier Fusilier : circulation des publics et des œuvres, productions communes, Maisons Folies érigées simultanément à Maubeuge et Mons… Pour lui la culture est sans conteste le moyen de structurer, dynamiser, réinventer un territoire.

Zibeline : Mons 2015 associe de nombreuses villes au projet de Capitale Culturelle. Pourquoi ce choix, et est-il comparable à celui de Marseille Provence ?

Yves Vasseur : Il s’agit comme ici de fédérer un territoire autour de la culture, mais la réalité est assez différente. Mons est une petite ville, comparable à Aix-en-Provence au niveau de la population, mais qui a l’habitude de travailler avec ses voisins immédiats : les publics circulent aisément de Mons à Bruxelles, et traversent la frontière pour aller à Maubeuge tout proche, voire à Valenciennes ou à Lille. Nous avons l’habitude de travailler ensemble.

Ce sera donc une capitale francophone ?

Non, pas seulement. Des villes flamandes sont associées également. Il est important en Belgique de ne pas scinder davantage le pays, et la culture est un moyen de rapprocher tous les Belges, Wallons et Néderlandophones.

La scission politique est importante. Est-elle aussi culturelle ?

Non, elle est politique effectivement, économique aussi. Mais il n’y a aucun problème entre artistes wallons et flamands. Leurs préoccupations, leurs esthétiques sont les mêmes, et c’est une chance pour le pays, un moyen certainement de retrouver notre cohésion.

C’est votre ambition ?

Vous savez, Elio di Rupo, Premier ministre de Belgique depuis 2011, est le Bourgmestre de Mons (équivalent belge du Maire ndlr). C’est lui qui a insufflé l’idée que la culture pouvait non seulement dynamiser un territoire, mais aussi qu’elle est le moyen de reconstruire une unité, ou une communauté, pendant les crises politiques.

Le territoire de Mons est-il en souffrance économique ?

Oui. Comme dans le Nord de la France la fermeture des charbonnages a conduit une grande partie de la population au chômage. Le pays est pauvre, avec un taux de chômage très important. Mais cela change, la reconversion est en route. C’est pour cela que le slogan de la capitale est : «Quand la technologie rencontre la culture». Google, IBM, Hewlett-Packard, Microsoft s’installent à Mons et y investissent.

Votre capitale européenne mise donc davantage sur une reconversion industrielle que sur un afflux de touristes et de croisiéristes, comme à Marseille ?

Nous espérons que des touristes viendront en 2015, mais nous voulons avant tout que la population soit concernée, circule, retrouve un dynamisme, et que cela continue d’attirer les investisseurs et les industriels. La région en a besoin, et nous savons d’expérience qu’un territoire qui avance culturellement retrouve de l’emploi.

Sur quels axes repose la programmation ?

Contrairement à votre territoire, notre région possède la plupart des équipements culturels nécessaires à la programmation, même si certains doivent être aménagés ou rénovés : théâtres, auditoriums, Maison Folie, musées… ont été construits durant les trente dernières années grâce à la volonté politique d’Elio di Rupo en particulier, et à la coopération transfrontalière. Nous pouvons donc consacrer nos efforts à la programmation elle-même, qui s’articule autour des grandes figures artistiques qui ont marqué l’histoire de Mons. Van Gogh, Orlando de Lassus, Verlaine qui a été emprisonné à Mons. Saint Georges et le dragon aussi, qui sont une tradition culturelle à Mons. Et la création contemporaine, les nouvelles technologies, sans oublier le patrimoine architectural, récent ou ancien, et industriel. Tout cela commencera le 24 janvier par une grande fête, et des expositions…

D’autres liens avec Marseille ?

Frédéric Flamand qui sera un artiste associé, et l’ensemble Musiques Nouvelles qui travaille régulièrement à Marseille avec l’ensemble Télémaque et le GMEM… Nous travaillons à d’autres liens encore, et sommes intéressés en particulier par tout ce qui a été fait dans les entreprises et dans les quartiers en difficulté sociale.

C’est un modèle pour vous ?

Toute expérience est à partager ! et un réseau s’est créé entre les capitales européennes de la culture. Nous espérons aussi que les Marseillais auront envie de nous rendre visite !

Entretien réalisé durant la Semaine Belge à Marseille par AGNÈS FRESCHEL

Photo : Yves Vasseur c David Bormans