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Le metteur en scène Alexis Moati présente son projet "Une famille innocente ?" au TNM La Criée

Dans l’intimité d’un héritage politique

• 7 avril 2018, 13 avril 2018⇒14 avril 2018 •
Le metteur en scène Alexis Moati présente son projet

La Criée accueille la Cie Vol Plané et son projet Une famille innocente ? Quatre courtes pièces que nous présente Alexis Moati, metteur en scène et directeur de la Compagnie.

Zibeline : D’où est né ce projet ?

Alexis Moati : Lorsque nous étions artistes associés à Chalon-sur-Saône on m’a demandé de travailler à l’adaptation d’un film au théâtre. Il y avait ce film qui m’a beaucoup marqué, À bout de course de Sidney Lumet1, qui met en jeu la notion d’héritage, de ce qu’on fait de ce qu’on nous a transmis, thèmes qui me sont essentiels. Pour commencer le processus de création2, et pour qu’ils s’approprient le sujet, j’ai demandé aux acteurs de la compagnie de s’emparer de certains des thèmes du film, avec un cahier des charges à respecter : travailler à la Gare Franche ou dans le 15e arr., prendre au minimum une personne du Groupe des 153, utiliser la Sonate dite « pathétique » de Beethoven, très présente dans le film, et collaborer avec quelqu’un d’extérieur au projet. Ce sont ces laboratoires de recherche, devenus des petites formes latérales autonomes, que nous présentons.

Soit quatre formes, présentées successivement dans des parcours différents. Pouvez-vous les détailler ?

Chronologiquement nous avons commencé par Do it : portrait de l’auteur en basket, commande à José Amerveil et moi-même. Nous sommes partis de deux scènes du film : celle de l’anniversaire, et celle du départ du fils ; et du livre de Virginie Linhart Le jour où mon père s’est tu, qui explique que les enfants de 68 sentent qu’ils ont un héritage, fondateur, mais qu’ils ne savent pas ce qu’ils doivent accepter, rejeter ou transmettre. Et d’une idée simple, courir jusqu’à bout de course. La dizaine de textes parlent de mon enfance, de mes parents, et de mon père plus particulièrement. À partir de photos, de souvenirs, j’ai travaillé sur la mémoire. José a sonorisé le tapis de course qui devient une machine à remonter le temps et se transforme au fil de la performance. Avec nous il y a Warda Rammach, comédienne, et Léna Chambouleyron, musicienne, qui ont créé quatre morceaux de musique qui évoquent mon adolescence, l’adolescence de mes parents, la jeunesse de mon grand-père et Bob Dylan.

La 2e forme, De(s)composition du bonheur en famille, part de la scène d’anniversaire qui dit le bonheur de se retrouver malgré la cavale. Pierre Laneyrie, Chloé Martinon et Arthur Verret ont retravaillé la scène à partir d’un texte de Nathalie Sarraute tiré de Enfance, sur la mémoire. Presque tout le Groupe des 15 y joue, d’autres personnes et un enfant, devenu le personnage principal, contrairement au film. Un point de vue qui permet de remonter le temps, une fois l’enfant devenu adulte. Cette forme irriguera le spectacle final.

La 3e, Good morning, s’attache au passage du militantisme à la lutte armée. Dans le film la référence c’est le groupe militant révolutionnaire Weather Underground, et le couple Bill Ayers et Bernardine Dorn partis en cavale avec leurs deux enfants. Ils voulaient vraiment renverser le gouvernement américain à la fin des années 60 et ont choisi la clandestinité. Et pour ouvrir la pièce sur cet héritage politique, Carole Costantini et Fanny Avram ont fait appel à Thomas Fourneau pour la vidéo et le son. Dans leur installation il y a notamment une radio pirate, qui émet des sons de personnes ayant existé (Ulrike Meinhof, Weather Underground, Brigades rouges italiennes…) et leurs textes.

Quant à la 4e forme, In Vivo, c’est une surprise ! Dans le décor de De(s)composition, donc dans une maison, l’idée est de montrer le quotidien d’une famille qui a un secret…

Vous jouerez aussi Le projet Antigone avec le Groupe des 15 ?

C’est encore la famille  qui est au cœur du projet, mais la plus compliquée qui soit : Les Atrides. On a travaillé sur Antigone l’année dernière tous ensemble, à partir de textes de Sophocle, dans la traduction de Florence Dupont, de Brecht, d’Henry Bauchau, et des leurs. C’est une création collective qui interroge aussi la loi religieuse et les lois de la Cité.

Propos recueillis par DOMINIQUE MARÇON
Mars 2018

Une famille innocente ?
7 avril
3 parcours :
Do it (13h45)/Good morning (14h30)/De(s)composition (15h15) dans le cadre du Train Bleu
Good morning (16h15)/ Do it (17h)/De(s)composition (17h45)
Do it (20h)/Good morning (20h45)/De(s)composition (21h30)

13 avril
4e parcours :
De(s)composition (19h)/In Vivo (20h30)

Le Projet Antigone
14 avril
La Criée, Marseille

1 Le fils aîné d’un couple d’activiste contre la guerre du Vietnam, en fuite après avoir posé une bombe dans une usine de napalm et tué un des gardiens, se résoudra-t-il à les quitter pour construire sa vie ?

2 La pièce s’intitulera Happy Birthday, Sam ! et sera créée à Chalon-sur-Saône en septembre 2018 pour l’ouverture du nouveau théâtre

3 Projet inventé par la Cie Vol Plané pour la Gare Franche, le Groupe des 15 est constitué d’une vingtaine de jeunes, issus des quartiers Nord et d’ailleurs, associés à la vie de la Cie dans un échange permanent avec l’équipe et ses créations.

Photo : Le projet Antigone -c- Vincent Beaume


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/