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"Gens d’ici, rêves d’ailleurs", du 19 au 21 décembre à Aix. Entretien avec Christian Mazzuchini

Dans le rêve de l’autre

L’équipe de Zou Maï Prod reprend Gens d’ici, rêves d’ailleurs au Bois de l’Aune. Une forme de théâtre participatif assez unique dont nous parle le concepteur et acteur Christian Mazzuchini.

Zibeline : Comment est né le concept des Gens d’ici ?

Christian Mazzuchini : Les premiers Gens d’ici datent de 1987. Lors des tournées avec des compagnies, j’ai traversé la France, plusieurs fois, mais je me suis aperçu que je ne connaissais personne dans les endroits où je revenais jouer, et je me suis dit que c’était un peu paradoxal pour nous acteurs qui parlons pour les autres et au nom des autres, d’en être coupés. J’ai eu alors envie de créer une aventure où je puisse en même temps rencontrer les gens de la ville et les inviter à venir prendre la parole sur scène quand je joue et même me couper pendant que je joue.

Qui sont ces gens qui sont conviés au spectacle, comment sont-ils recrutés ?

Cela commence par ceux qui nous accueillent dans les théâtres, des directeurs aux personnes qui font le ménage, ensuite il y a ceux dont on parle dans la ville, des figures, des gens un peu en marge ou dans un certain état poétique. Ce qui m’intéresse c’est de donner un coup de projecteur à des gens qu’on ne connaît pas trop, dont on a entendu parler, qu’on a vus, mais dont on ignore le jardin secret. Il y a un petit 11 000 personnes qui sont intervenues dans les Gens d’ici, en France et un peu à l’étranger, souvent à la suite de mes « tchatchades » : je leur explique qui je suis, le projet, je leur donne des bribes de texte en même temps, sans qu’ils s’en aperçoivent, cela donne un effet très curieux, soudain, ils constatent : « c’est dingue, ça peut être aussi simple que ça le théâtre ! » Cela commence là aussi. Les langues se délient vite, se découvrent passions et jardins secrets…

Une manière d’intégrer le réel dans l’art ? Pour un théâtre citoyen ?

Il y a cette possibilité fabuleuse d’ouvrir les portes à des choses complètement dingues. Oui, le théâtre est un endroit où la parole revit, celle du citoyen, de tout le monde est importante, même à cet endroit-là et pas seulement celle des acteurs des artistes. Ce qui m’intéresse ici, c’est qu’il s’agit de personnes qui n’ont jamais mis les pieds dans le théâtre, qui n’ont aucun code. Qu’ils y interviennent, c’est magnifique.

Ils restent aussi naturels que dans la réalité ?

Oui, comme dans la vraie vie, c’est le but du jeu aussi. Brièvement, voici le pitch du spectacle : ça se passe dans une maison de repos pour artistes sans œuvre, des gens qui sont déjà bien « collés au plafond », il y a un directeur, un intendant, une infirmière, et un ancien acteur qui se trimballe et à qui on fait croire qu’il est toujours sur scène. Il raconte sa vie, par fragments, et il est rattrapé par des hallucinations de gens qu’il a vus, qu’il a croisés dans sa vie et qui font partie du rêve de ce vieil acteur. Ses rêves deviennent alors le rêve de tous. Chaque intervenant choisit la teneur de ce qu’il va raconter, comme il y a peu de répétitions, la spontanéité la fraîcheur restent intactes.

C’est l’invention d’une forme nouvelle d’écriture théâtrale ?

Oui peut-être, mais c’est surtout un hymne au plaisir et à la joie d’être ensemble, de bousculer les lignes des représentations théâtrales traditionnelles…

Je ne suis pas tout seul il y a Maryline Le Minoux qui m’accompagne, une cinquantaine d’intervenants par soir… On essaie de trouver un équilibre entre intime, spectaculaire en préservant une esthétique de la surprise. Le travail avec Michel Bellier, auteur du texte, est absolument passionnant, il est rare d’avoir la confiance d’un auteur, qui me laisse retoucher ses textes ; j’ajoute des additifs, les lui renvoie, il les retravaille à son tour.

Un côté comédie italienne ?

Il y a un clin d’œil à ça, mais on peut aussi songer à la rencontre des Pieds Nickelés avec les Marx Brothers ! Il est vrai qu’il y a beaucoup de la comédie italienne, c’est très fellinien. Le réel qui vient s’immiscer dans le quotidien, et d’un seul coup devient plus délirant que la fiction.

Cette aventure redonne un sens au métier d’acteur, permet d’éviter l’entre-soi. D’un seul coup le rêve d’un seul devient le rêve de tous. Passé, présent, futur, tout se mélange en une histoire de synchronicité à laquelle chacun peut prendre part.

Entretien réalisé par MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2018

Gens d’ici, rêves d’ailleurs
19 au 21 décembre
Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

Photo : Gens d’Ici Rêves d’Ailleurs c Richard Patatut


Salle du Bois de l’Aune
1 Place Victor Schoelcher
13090 Aix-en-Provence
04 88 71 74 80
boisdelaune.fr