36e dessous et Mary Brown, deux pièces de Colette Garrigan qui redéfinissent l'espace de l'enfermement

Zones de ferVu par Zibeline

• 2 avril 2015⇒3 avril 2015 •
36e dessous et Mary Brown, deux pièces de Colette Garrigan qui redéfinissent l'espace de l'enfermement - Zibeline

Deux derniers volets d’un triptyque de la compagnie Akselere, 36e dessous et Mary Brown interrogent l’espace des décombres, visibles et invisibles, et les traces laissées par les non-dits. Derrière la fable, la Britannique Colette Garrigan, comédienne, auteure, marionnettiste formée à Charleville-Mézières, joue parfaitement des niveaux de lectures pour épingler, outre la misère sociale et affective, les années Thatcher, en offrant un théâtre d’objets astucieux et artisanal.

Première plongée sociale autant que visuelle, la pièce courte (30 min) 36e dessous nous conduit au milieu des gravats d’une cabane de curiosités, où se retrouve coincée sous une table, Kathleen, marionnette géante articulée, dernière survivante de l’éboulement de son immeuble. Un tremblement de terre, une secousse de quelques secondes… et la vie s’effondre, comme les souvenirs qui se ramassent à la pelle avec leurs «si seulement». Et puis, les objets qui soudain s’animent et les lampe torches qui forment des ombres pour titiller l’instinct de survie. Une 36e rescapée coincée sous les décombres, qui regarde les années passées et la façon dont elle les a occupées, et lit son dérisoire horoscope poussiéreux en attendant qu’on vienne la chercher. En rendant hommage à son idole-héros de papier Ken Loach, deviendra-t-elle l’actrice principale de sa vie ? Aura-t-elle la ressource de creuser pour retrouver «ses valeurs enterrées quelques part» ?

À l’extérieur, juste au-dessus de la zone sinistrée, arrive Mary Brown, de chair et d’os, avec qui Kathleen est fâchée depuis 28 ans. Sujet de la 2nde pièce, l’amie autrefois inséparable va changer le point de vue de l’histoire et décaler le regard. De l’enfermement intérieur à celui des regrets, elle raconte le passé et ses pourquoi, de leur insolente jeunesse à leur amitié meurtrie. À elle d’éclairer les souvenirs, en fabriquant un décor d’ombres qui raconte autant que la lumière : des boites à thé alignées deviennent pavillons d’une ville minière, trois commères de papier shakespeariennes représentent les trois sœurs de son mari Jo, les mêmes qui ont distillé des ragots-prophéties assassins… Un bras de fer familial qu’elle compare à la zone de guerre instaurée par le règne Thatcher et une amitié noyée dans la médisance et l’isolement progressif. Un dernier volet émotionnellement surprenant, où l’on découvre une autre forme d’effondrement. En reliant aussi subtilement le passé et le présent, le dehors et le dedans, Colette Garrigan est effectivement une vraie magicienne…

DELPHINE MICHELANGELI
Avril 2015

36e dessous et Mary Brown ont été joués les 2 et 3 avril au Théâtre des Halles, en partenariat avec La Garance-Scène nationale de Cavaillon. Le Vélo Théâtre a accueilli le premier volet, Sleeping beauty, à Apt, le 1er avril

photo : Mary Brown©Virginie Meigné

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