Simone Bitton explore la Mémoire juive au Maroc dans un road movie intime et chaleureux

ZiyaraVu par Zibeline

• 1 décembre 2021⇒8 décembre 2021 •
Simone Bitton explore la Mémoire juive au Maroc dans un road movie intime et chaleureux - Zibeline

Plus aucun juif ne naîtra dans cette blancheur

Plus aucun ne naîtra dans la gloire de cette lumière

Ils sont partis Dieu sait pourquoi

Ces quelques mots s’affichent à la fin de Ziyara, le dernier film de Simone Bitton. Ils expriment la nostalgie d’un temps où le Maroc comptait plusieurs centaines de milliers de Juifs venus par vague du monde entier au fil des siècles, fuyant les persécutions antisémites.

Un sentiment bien compréhensible de la part des familles juives déracinées qui ont quitté le Maroc, à partir de 1967, laissant derrière elles, leurs maisons et leurs morts. Mais plus inattendu, du côté des Marocains musulmans, devenus après le départ des Juifs, gardiens de leur Mémoire, si vive encore dans le pays. Qu’ils soient conservateurs de musées du Judaïsme, qu’ils fassent visiter un mausolée ou une synagogue, qu’ils soient chargés de l’entretien du tombeau d’un Saint ou de celui d’un vieux cimetière israélite. Que, pour les plus vieux, ils se souviennent encore de fêtes, de cérémonies juives, d’amis, d’écoles multi confessionnelles. Ou qu’ils soient devenus, pour les plus jeunes, marchands à la sauvette sur les sites de tourisme religieux, vendant des babioles aux pèlerins juifs venus retrouver leurs racines, tous ces Musulmans regrettent le temps où la cohabitation était, non seulement possible, mais naturelle. En 2017, on ne comptait plus que quelque 2000 juifs citoyens marocains. En 1948, ils étaient 230 000. Dieu sait sans doute pourquoi, mais les hommes aussi.

Le long métrage de Simone Bitton se construit comme un road movie. Il nous embarque à ses côtés, dans sa voiture. On parcourt les routes vers les villes et villages où se trouvent les lieux sacrés du Judaïsme -ou ce qu’il en reste. ZIYARA, c’est le pèlerinage, la visite aux Saints : sages, marabouts, guérisseurs, kabbalistes. Ces vénérables figures, souvent communes aux Juifs et aux Musulmans.

Si la réalisatrice n’apparaît jamais à l’image, sa voix qui raconte et questionne -toujours avec douceur et bienveillance, reste le fil conducteur du voyage dont les étapes filmées en plans fixes suspendent le mouvement spatial pour mieux exprimer la plongée mémorielle.

La caméra s’attarde sur les détails : une vieille mezouzah conservée par tel commerçant musulman “parce qu’il faut respecter les objets sacrés”, l’habit richement brodé d’une torah, aussi beau qu’une robe de mariée selon la conservatrice du musée qui l’abrite. Arrêts sur de vieilles photos en noir et blanc dentelées comme des biscuits. Plans larges de paysages : ruines de synagogue retournant à la terre ocre et aride, sources sacrées dans lesquelles les femmes, juives ou musulmanes, se baignaient pour trouver la fertilité. Plans rapprochés sur la pierre de tombes nues pour déchiffrer les caractères hébreux. Le nom « Bitton » apparaît. Plus tard encore, ce même nom dans les archives d’une école. Car la démarche de la réalisatrice est personnelle. Cette mémoire est aussi la sienne, comme est sienne la photo de sa mère glissée au milieu d’autres. Elle est d’emblée « sur la même longueur d’ondes » que les interlocuteurs auxquels elle s’adresse spontanément dans sa langue d’enfance : le Darija, dialecte arabe marocain. Des villageois humbles au solide bon sens, regrettant la perte d’une fraternité, des intellectuels soucieux d’un récit marocain qui ferait figure d’exception dans un monde mis en péril par la xénophobie, l’islamophobie et l’antisémitisme.

« Un film qui parle du passé mais qui filme le présent comme tous les films documentaires » dit Simone Bitton de ce beau travail.

ELISE PADOVANI
Octobre 2021

En avant-première à Marseille, au cinéma Le Gyptis le dimanche 28 novembre à 17 h.
Sortie le 1er décembre © JHR Films

Cinéma Le Gyptis
136 rue Loubon
13003 Marseille
04 95 04 95 95
www.lafriche.org