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La 11ème édition du festival trad sous le charme de Fontvieille

Zin Zan, vivier d’Oc

La 11ème édition du festival trad sous le charme de Fontvieille - Zibeline

Oubliée la fâcheuse volte-face de la ville d’Arles qui a expulsé de ses remparts le festival à quelques semaines de son lancement ! Zin Zan s’est rabattu à Fontvieille et bien lui en a pris. Le village provençal aux portes des Alpilles s’est révélé un écrin en parfaite adéquation avec l’ADN de la manifestation : convivialité, authenticité, spontanéité.

Intimistes, les concerts à l’église ont permis d’écouter des artistes aux antipodes générationnels de la culture d’oc. Tant que li Siam, trois voix dont une féminine, puisent dans les poèmes et historiettes du quotidien des habitants du Mont Ventoux. Leurs polyphonies, tout en délicatesse, évoquent le travail de la terre, les traditions dans cette Provence des montagnes. De ces tranches de vie, portées par une interprétation à la fois légère et profonde, se dégage une grande générosité. Un moment de grâce et de partage auxquels se sont ajoutées, le lendemain, la simplicité et l’émotion avec Pèire Boissière, le doyen du festival. Parfois impressionné voire intimidé, cet infatigable collecteur a transmis en une grosse heure de récital des décennies de rencontres et de collectage effectués en différents lieux des pays d’Oc. Pour ne pas laisser sur leur faim les non-pratiquants, il donnera une traduction synthétique, parfois imagée et non sans humour, de chacun des morceaux. Le timbre encore puissant et le regard toujours malicieux.

Aménagées en piste de danse digne des plus beaux parquets, les arènes ont vibré sous les pas des danseurs et danseuses acharnés, appliqués et gentiment indisciplinés. Une cadence que les groupes qui se sont succédé sur scène ont évidemment encouragée, entretenue et provoquée. L’Auvergne était à l’honneur de la première soirée balèti avec deux trios. Cabrette, violon, accordéon, banjo pour Flor de Zinc qui a entrainé les amateurs de bourrée, mazurka, scottish dans le plus grand respect de la tradition. Plus modernes dans leur jeu, les benjamins de Kabbak ont apporté une énergie zestée au soufre volcanique, faisant monter un peu plus la température. Comme c’est la coutume au Zin Zan, chaque soirée se termine par un bœuf entre tous les musiciens, jusque tard dans la nuit. Un mesclun sonore qui finit toujours par trouver une harmonie, celle du plaisir de la danse et de la rencontre. C’est le lendemain que le grain de folie a fini de faire basculer le festival. D’abord avec Tripoux, trois musiciens déjantés du grand Sud-Ouest, grimés et déguisés, en représentation clownesque. Puis avec l’excellent duo Face à Phasmes qui, avec une simple musette en pot de mouton et une vielle à roue, a su lancer un mouvement ininterrompu aussi bien hypnotique que festif. Une conclusion très représentative de la créativité de la jeune génération d’artistes inspirée par les cultures et traditions populaires de Provence et des Pays d’Oc.

LUDOVIC TOMAS
Août 2018

Le festival Zin Zan a eu lieu du 17 au 19 août à Fontvieille (13).

Photographie : Tant Que Li Siam © Phillipe_Davi_zinzan