Retour du ZikZac, à Aix, au premier soir de l'obligation de pass sanitaire

Zik Zac et le mauvais tour de passe-passe sanitaireVu par Zibeline

Retour du ZikZac, à Aix, au premier soir de l'obligation de pass sanitaire - Zibeline

La Dame Blanche, Lova Lova ou encore Karimouche ont assuré le show malgré un public empêché par les dernières restrictions.

Tout avait si bien commencé. Pendant la première moitié du Zik Zac festival, le public est nombreux à apprécier le hip hop old school du Sétois Demi Portion (le 15 juillet), la rumba congolaise électrique de Jupiter & the Okwess (le 16) ou encore Rumble, nouvelle recrue de Chinese Man Records (le 17). Au cœur du quartier populaire Jas de Bouffan, Zik Zac est un rendez-vous privilégié et prisé des amateurs des musiques actuelles du monde. Particulièrement pour celles et ceux qui vivent dans ce grand ensemble urbain de quelque 35 000 habitants, dans la deuxième plus grande ville des Bouches-du-Rhône. Plus encore pour les nombreuses familles dont l’été n’est pas synonyme de plages privées et encore moins de tropicales échappées. Car ici les concerts sont gratuits. La reprise du festival la semaine suivante coïncidant avec la généralisation du pass sanitaire pour les événements rassemblant plus de cinquante personnes, la fréquentation des trois autres soirées aura connu une baisse en conséquence. Une réalité de la fracture sanitaire entre les territoires dont un événement populaire comme Zik Zac devient le révélateur saisissant. Drôle de baptême du feu pour les groupes émergents régionaux de la Scène jeunes talents comme Volt (le 21) ou Neurotic Strangers (le 22). Défendu par la société marseillaise d’accompagnement et de développement artistique Zebourgeoiz, le premier est un trio au croisement de la soul, du jazz, du trip hop et de l’électro, porté par la voix groovy de la chanteuse. Venus d’Arles, les seconds sont les plus jeunes lauréats de la promotion 2021 du tremplin Class’Eurock. Malgré une assistance clairsemée, Neurotic Strangers déroule son post-rock teinté de grunge mélancolique avec une maturité et un engagement prometteurs. R.Wan (le 21) ne cache pas son agacement. Le « padrino » (parrain) du rap musette, comme il se définit lui-même dans le premier morceau de sa prestation, a du mal à faire abstraction de la situation. Celui qui s’est fait connaître dans les années 2000 avec le groupe Java -dont il reprend Samba do Jerusalem– a la gouaille en berne. Entre une chanson tout en contrepèteries sur une musique d’Éric Satie, une autre sur la vacuité des réseaux sociaux, une adaptation du Laisse Béton de Renaud en Lâche l’affaire, difficile de faire mouche. La formation en duo voix (fatiguée) et accordéoniste – n’est pas Fixi qui veut – n’aide pas. Pas plus qu’une (trop) longue incursion dans un reggaeton assourdissant. Cuba retrouvera sa dignité grâce à La Dame Blanche (le 22) et son cocktail explosif de hip-hop afro-latin, aux sonorités cumbia et dancehall. Il faut dire que la chanteuse flûtiste et percussionniste est née sous une bonne étoile : elle est la fille du directeur artistique de l’Orquesta Buena Vista Social Club. Dans un contexte particulièrement sous tension dans son pays natal, Yaite Ramos Rodriguez de son vrai nom a mis en avant son quatrième album Ella, disque engagé, axé sur condition féminine dans le monde.

Tel un prophète en tunique rouge et aux lunettes de science-fiction, Lova Lova (le 21) crée une transe afro-punk d’inspiration traditionnelle. Issu de la foisonnante scène alternative de Kinshasa, en République démocratique du Congo, Wilfried Luzele pour l’état civil chante d’une voix électrisante de prêcheur enroué, en lingala, kikongo et français. Une performance rugueuse et endiablée à faire passer un test PCR pour une chatouille nasale. Zik Zac a élu sa princesse en la personne de Karimouche (le 22; lire notre interview ici). A l’image du festival aixois, l’artiste respire l’impertinence populaire, à la fois rebelle et fraternelle. Aussi bien influencée par la chanson française, la musique nord-africaine que le rap ou l’électro, Karimouche chante sa France avec humour, révolte et espoir. Dans un set balayant ses trois albums, la Berbère d’Angoulême sait aussi danser et échanger avec la même sincérité et générosité qu’elle aborde les sujets de son temps (féminisme, racisme, les crises sociale et écologiques…). Toujours le sourire aux lèvres, entre deux coups de griffe.

LUDOVIC TOMAS
Juillet 2021

ZikZac festival s’est déroulé les 15, 16, 17, 21, 22 et 23 juillet, Théâtre de verdure du Jas de Bouffan, Aix-en-Provence

Photo Karimouche au ZIK ZAC © Olivier Luthringer