Le Saint Laurent de Bertrand Bonello, longue descente aux enfers dans l'univers du luxe

Yves et BertrandVu par Zibeline

• 23 septembre 2014 •
Le Saint Laurent de Bertrand Bonello, longue descente aux enfers dans l'univers du luxe - Zibeline

Soirée haute couture au Chambord le mardi 23 septembre avec la projection en avant-première du Saint Laurent de Bertrand Bonello, suivi d’un cocktail au champagne. Un public nombreux se pressait pour l’événement orchestré par Cédric Miquelis qui multiplie les initiatives pour dynamiser ce cinéma du 8ème, depuis qu’il en a pris la direction.

En préambule dans la grande salle de prestige peu adaptée à l’exercice, de jeunes gens, garçons et filles en alternance, ont défilé, respectant les codes du genre. Sur un mix d’électro, marche altière le long des allées latérales, temps d’arrêt devant l’écran où s’exhibaient en noir et blanc de beaux mannequins maigres et ténébreux dont le gigantisme écrasait un peu le live, demi-tour stylé et disparition sous les flashes des photographes. Ambiance bon enfant, parents et amis présents pour encourager les «petits». Puis, changement de salle, de public et de registre pour découvrir après celui de Jalil Lespert, sorti en janvier, le biopic du grand couturier, version Bonello, tourné en 35mm pour la beauté du grain. Les partis pris y sont radicalement différents. Si on retrouve des séquences obligées comme le scandaleux nu de 1971 ou la collection russe de 76, si Yves Saint Laurent incarné par Gaspard Uliel et par Helmut Berger dans les dernières séquences, chuchote pareillement et remonte ses mythiques lunettes de la même façon, l’artiste dépressif, drogué, draguant sur les chantiers ou dans les pissotières, n’y est pas idéalisé, Pierre Bergé, le compagnon de toujours, sobrement incarné par Jérémie Renier n’étant plus le narrateur.

On suit une descente aux enfers accompagnée par l’ange noir, amant partagé avec  Karl Lagerfeld, Jacques de Bascher (un superbe Louis Garrel en dandy décadent). Le réalisateur choisit une décennie de la vie du couturier 1967-1976 particulièrement créative, en bousculant la linéarité narrative. Comme chez Proust auquel il est fait référence dès la première scène, la recherche du temps perdu se fait par la sensation, la superposition, l’état de somnolence, et la seule vie réellement vécue, nous est offerte par l’art. La musique occupe une place essentielle dans ce film : Bach, Schubert mais aussi le rhythm and blues de Screamin’ Jay Hawkins. L’Histoire qui va son train de violences et de bouleversements apparaît en regard des défilés luxueux, en split screen, sans qu’YSL qui a marqué celle de la Mode, la voie. L’atelier où s’affairent les petites mains, le bureau où le grand couturier dessine, l’appartement de la rue de Babylone où s’accumulent les œuvres d’art, le riad luxueux de Marrakech, la boîte de nuit parisienne le Sept, autant de lieux clos coupés du monde, dans la continuité de L’Apollonide, souvenirs de la maison close, l’avant-dernier opus du cinéaste. Osera-t-on dire au milieu des louanges sur ce film sélectionné pour concourir aux Oscars 2014 par des critiques éclairés qu’il est parfois un tantinet maniéré et aurait gagné à être moins long. Beaucoup de ceux qui assistaient à cette projection, avouaient s’y être un peu ennuyés.

ÉLISE PADOVANI
Septembre 2014

Photo : Saint Laurent de Bertrand Bonello, Crédit EuropaCorp

 

Cinéma Chambord
283 Avenue du Prado
13008 Marseille
04 91 83 06 60
http://www.cinemalechambord.fr/