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Yasmine Hamdan, médium de la complexité post-moderne à la Fiesta des Suds

Yasmine Hamdan, diva du chaos

Yasmine Hamdan, médium de la complexité post-moderne à la Fiesta des Suds - Zibeline

Ça commence par un rock gothique empreint de larsens et finit sur une balade populaire libanaise des années d’après-guerre (Beirut d’Omar El Zenneh). En l’espace d’un concert, tout un dialogue entre la tradition populaire et la contemporanéité d’un Moyen Orient qui n’en finit pas de voyager, de se mêler aux registres les plus modernes, les plus technologiques. Et, en creux, l’expression d’un pays et d’une culture qui ont tout connu, de l’insolente prospérité économique à la guerre fratricide. Yasmine Hamdan est bien placée pour être le médium de cette complexité postmoderne : avec son groupe Soapkills, elle inaugurait il y a près de vingt ans un mélange des genres détonnant à travers un trip hop frondeur (et censuré). En 2009 on l’a découverte sur cette même scène des Sucres avec la formation Y.A.S., ondulant en Fairuz électro sur les beats de Mirwais (ex-Taxi Girl et producteur de l’album et du titre Music de Madonna). C’est en solo (depuis son album éponyme en 2012) que son répertoire est le plus convaincant : en vêtements lycra et babouches roses, diva du chaos, elle en donne une interprétation façon électro-rock-oriental, entourée d’un trio original guitare-batterie-claviers/programmations qui alterne sobriété et incandescence. Au début lancinante, elle joue avec nos nerfs : sur le lascif Hal, filmé à Tanger par Jim Jarmusch pour son Only Lovers Left Alive, elle orchestre un beau raffut au rythme des percussions berbères, les karkabous. Puis progressivement les chansons deviennent virevoltantes dans une forme de rock inquiet (Neddiyah) ou de pop orientale naïve et sophistiquée (Al Jamilat) : c’est bien la première fois qu’une artiste nous parle du choubi, le groove irakien des années 80 ! Dans tous ces registres, l’artiste livre un message simple : l’individu, avec ses émotions des plus profondes aux plus triviales, demeure le seul rempart contre la furie du réel, qu’elle prenne la forme de l’autoritarisme paternaliste ou du terrorisme salafiste. Le lendemain, le Syrien Omar Souleyman (dont le dernier album s’intitule To Syria With Love) viendra aussi à la Fiesta témoigner par la transe de sa techno puissante de l’état de survivance de cette scène musicale exilée qui relate les blessures de conflits n’en finissant plus.

HERVÉ LUCIEN
Novembre 2017

Yasmine Hamdan s’est produite le 19 octobre à Fiesta des Suds, Marseille.
Nouvel album : Al Jamilat (Crammed Disc)

Photographie : Yasmine Hamdan © Jean de Pena


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