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Vu par Zibeline

Yann Frisch expose les principes d’un bon tour de magie aux cartes

Yann Frisch, maître du jeu

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Yann Frisch expose les principes d’un bon tour de magie aux cartes - Zibeline

Elles sont comme frétillantes, souvent en bataille, parfois sensuellement lovées entre les doigts de leur Pygmalion. Elles se multiplient, elles disparaissent, elles se métamorphosent. Les « 52 protagonistes » de la soirée fascinent dans la simplicité de leur mise. Yann Frisch est leur ambassadeur, il est celui qui tout au long de son dernier spectacle leur prêtera vie, focalisant notre regard sur les quatre couleurs, les figures, les nombres, qui bien entendu changent en un revers de main. Elles sont en effet dans de bonnes paumes, les meilleurs du monde à vrai dire, puisque le magicien qui les manipule est multi-champion de close-up, l’art de faire illusion sous les yeux du public, sans frime, sans artifices (visibles). Et c’est là que se situe la beauté et le trouble du moment. Yann Frisch, qui s’était un peu installé dans un rôle de clown lunaire et plutôt inquiétant, choisit cette fois de mettre cartes sur table. C’est-à-dire qu’il expose les principes d’un bon tour de magie. Il décode, il nous prévient, en direct, qu’il est peut-être en train de nous embrouiller. Car oui, certes, son art repose sur une incroyable dextérité (époustouflante, même), mais c’est aussi notre vigilance qu’il manipule, stimule ou endort. Il donne pourtant des clés : le temps de réaction du public, les détours employés pour tenter de coincer le magicien en répondant à côté de ce qu’il prévoyait -que justement il avait prévu… Mais, et « Ce serait dingue », répète-t-il souvent, il nous emmène bien plus loin, de disparitions en réapparitions, vers un merveilleux qu’il active, nous encourageant au lâcher prise, à « suspendre [notre] incrédulité ». On résiste ; on voudrait savoir, garder la main. Mais tout est si léger, fluide… Après l’effacement d’un verre, on s’exclame, on rit de plaisir. « Ce n’est pas vraiment drôle, une disparition, pourtant… ». Toujours cet aller et retour entre réalité et illusion. Et puis tout s’emballe. On se laisse emporter, tant pis, on commence à y croire, à accepter cette beauté du geste qui nous permet d’oublier, pendant une heure enchantée, les lois cartésiennes.

ANNA ZISMAN
Novembre 2018

Le Paradoxe de Georges a été joué du 14 au 17 novembre dans le camion-théâtre spécialement conçu par Yann Frisch, au Domaine d’O, Montpellier

Photo : Le paradoxe de Georges -c- Christophe Raynaud de Lage