Vu par ZibelineLe film de El Aouadi-Marando sur l'Affaire Lahouari bouleverse le public des Rencontres de Manosque

YA OULIDI ! Le prix de la douleur

• 6 février 2015 •
Le film de El Aouadi-Marando sur l'Affaire Lahouari bouleverse le public des Rencontres de Manosque - Zibeline

YA’OULIDI ! Le prix de la douleur, présenté par son réalisateur Joseph El Aouadi-Marando aux 28è Rencontres de  Manosque, porte un titre double, arabo-français.

«Ya’oulidi» ( Mon fils !), c’est le cri hurlé par la mère de Lahouari Ben Mohamed en apprenant la mort de son fils de 17 ans, abattu lors d’un banal contrôle d’identité dans la cité des Flamants à Marseille, le 18 oct 1980. 

«Le prix de la douleur» (Pretium doloris) désigne en droit la réparation financière pour la souffrance physique et morale d’une victime après un accident.

Sans doute n’y a-t-il pas de réparation possible pour une mère qui a perdu son enfant et son cri résonnera-t-il à l’infini. Tout au plus peut-on lui accorder justice. Or, justice ne fut pas rendue dans cette affaire où le CRS inculpé, après sept ans de procédure, paya son homicide par 10 mois de prison dont 4 avec sursis. Crime stupide et verdict honteux sur fond de racisme ordinaire qui mobilisa 4000 personnes sur la Canebière en sept 87. Si malgré tout, se bricola, dans les années suivant le drame, une réparation morale, elle fut l’œuvre d’une famille exemplaire et des jeunes du quartier qui par la lutte, l’expression artistique et citoyenne, surent donner un prix, un sens et une forme à la douleur, soucieux, selon l’expression consacrée, que leur camarade «ne soit pas mort pour rien.»  C’est là, la force de ce documentaire : mettre en scène une reconstruction post-traumatique sans tomber dans la victimisation stérile. Revenir sur l’histoire d’un quartier offrant aux immigrés ses cubes de béton pour remplacer les bidonvilles de l’Estaque à travers des trajectoires personnelles. Rappeler la politique de la ville du premier septennat de François Mitterrand, les actions éducatives dans les cités, le rôle déterminant d’éducateurs charismatiques comme Jo Ros, le travail de terrain des centres sociaux où on avait compris qu’ «il fallait s’occuper des hommes plus que des murs».

Sur les superbes photos en noir et blanc de Marando, Pierre Ciot, Yves Jeanmougin, les minots, nés en France, jouent, au pied des tours, heureux. Leurs pères fatigués mais encore confiants, sourient. Dans les journaux, le visage des femmes en colère se tord, les poings se lèvent. On voit et on entend ces jeunes gens meurtris découvrant la catharsis théâtrale, écrivant, montant et interprétant la pièce Ya Oulidi reprise en 2011 au Centre de la Busserine. On les retrouve vieillis toujours à fleur de larmes. Ils sont devenus acteur, musicien, ouvrier, sont restés à Marseille ou en sont partis, s’affirmant comme citoyens français. Le projet du film de Joseph El Aouadi-Marando animateur d’ateliers de photographies dans ces cités du 14è arrondissement en 82, est né du coup de fil d’Hassan Ben Mohamed, le petit frère de Lahouari qui avait 4 ans en 1980. Devenu policier, il cherchait des archives pour le livre qu’il écrivait sur le drame familial que les siens avaient occulté au maximum pour le protéger. Lui aussi avait un deuil à faire.

La projection fut suivie d’un long silence, avant que la parole du grand frère, de la mère et de la soeur de Lahouari ne s’élève dans le théâtre Jean le Bleu, digne et forte. Respect !

ELISE PADOVANI
Février 2015

Photo : (C) El Aouadi-Marando

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