Retour sur le film d'Olivier Panchot, De Guerre lasse, soutenu par la région PACA, vu le 24 avril au cinéma le Prado, à Marseille

Western urbain et tragédieVu par Zibeline

• 24 avril 2014 •
Retour sur le film d'Olivier Panchot, De Guerre lasse, soutenu par la région PACA, vu le 24 avril au cinéma le Prado, à Marseille - Zibeline

Quand Alex (superbe Jalil Lespert), hanté par ses démons, revient à Marseille après avoir déserté de la légion où il s’est engagé quatre ans auparavant, la guerre des clans, caïds corses et pieds-noirs, ne tarde pas à se rallumer, impliquant à nouveau sa famille dont son père Armand, retiré des «affaires», qui vit dans une superbe maison avec Raîssa. Avec Alex, le passé ressurgit : l’Algérie, son amour Katia (Sabrina Ouazani), son ami-frère Rachid, (Mhamed Arezki) et les ennemis, Titoune (Jean-Marie Winling) et Marchiani (Olivier Rabourdin). Règlements de comptes, vengeances meurtrières, passages à tabac, courses poursuites, tous les ingrédients du film de genre sont là. «J’avais envie de me confronter au genre, faire un film d’action, au sens propre, à savoir un film où les personnages se définissent par leurs actes», explique le réalisateur Olivier Panchot. Et le héros fracassé, de retour de la guerre, dur, violent, fragile, écorché vif, rappelle certains personnages de polar américain. «J’ai tout de suite adhéré au personnage. C’est une vraie figure de héros, tragique parce qu’il est dans l’aveuglement. On est dans la mythologie du cinéma : c’est le rôle de garçon qu’on rêve de jouer ; le cow-boy mais aussi un garçon naïf, brisé, qui n’a pas les mots, une machine qui s’est enrayée…», a commenté Jalil Lespert. Le casting est fort réussi. Tcheky Karyo incarne un père coincé entre ce qu’il cache de sa vie et sa famille pied-noir qui n’a pas accepté qu’il vive avec une Arabe (Hiam Abbass, formidable en mère tragique). La scène où elle va rechercher Armand qui s’est mis à l’eau, tout habillé dans la piscine, est bouleversante.De-guerre-lasse-d'Olivier-Panchot--©-SND
Ce film, tourné comme un western urbain, n’est pas qu’un polar ; c’est aussi une tragédie avec secrets de famille, thématique importante pour le réalisateur : son film précédent, un documentaire a pour titre justement Secrets de famille. «J’avais envie de travailler la question du secret de famille. J’ai une famille d’origine pied-noir et la question du secret est au centre. J’avais envie d’explorer dans une fiction la manière dont un secret de famille pouvait s’insinuer dans les esprits, fragiliser, voire fausser les rapports familiaux et comme on est dans un film de genre, les mettre en danger, y compris physiquement. Je voulais raconter l’histoire d’une famille pied-noir recomposée, dans le Sud de la France. Ça m’a semblé évident de le tourner à Marseille.» Marseille qui est étonnamment filmée, par le talentueux Thomas Hardmeier. Marseille avec une lumière blafarde, crépusculaire, tel un port du Nord. Et sans dévoiler la fin de ce film au titre poétique, De guerre lasse, les hommes ici n’ont pas seulement les armes mais le diable qui marche avec eux !

ANNIE GAVA
Avril 2014

De Guerre lasse, soutenu par la région PACA, a été présenté en avant-première au cinéma le Prado à Marseille le 24 avril, en présence du réalisateur Olivier Panchot et du comédien Jalil Lespert. Il sort en salles le 7 mai. 

Photos : Olivier Panchot et Jalil Lespert © Annie Gava et De guerre lasse d’Olivier Panchot  © SND

Cinéma le Prado
36 Avenue du Prado
13006 Marseille
04 91 37 66 83
http://www.cinema-leprado.fr/