Vu par Zibeline

Retour sur le Festival Cinématographique de Gardanne

Voyages sur grand écran

Retour sur le Festival Cinématographique de Gardanne - Zibeline

La 31ème édition du Festival Cinématographique de Gardanne est à marquer d’une pierre blanche tant par son irréprochable qualité que par l’affluence du public.

Cela faisait longtemps que le Cinéma 3Casino de Gardanne n’avait vu ses salles combles tous les soirs, refusant du monde, certaines séances déjà bondées avant même l’ouverture !

Le secret, sans aucun doute : une programmation intelligente et éclectique qui fit l’unanimité, tout en prenant le risque de présenter une bonne dizaine de premiers longs métrages, pari qui s’avéra plus que judicieux. Le Jury Jeunes, lors de la cérémonie de clôture, remercia chaleureusement Anaïs Rinaldi qui se lançait pour la première fois dans l’aventure de la construction d’un programme de festival. « Elle a su nous faire voyager ». Soulignant combien la sélection renvoyait à des sujets d’actualité de par le monde, ce dynamique jury attribuait, après une présentation enthousiaste des qualités des autres œuvres, dont leur coup de cœur, l’excellent Papicha de Mounia Meddour (lire notre compte-rendu ici), le Prix Régine Juin au film de Ladj Ly, Les Misérables (sortie en salles le 20 novembre). Laure Gonzales, présidente de Gardanne Action Cinéma, après avoir salué la fine pertinence de ce choix, « tellement dans l’esprit de Régine Juin », et encouragé le public à venir au cinéma hors festival, livrait le palmarès du public : cette année, deux films ex aequo, La dernière vie de Simon de Léo Karmann et Sabrina B. Karine (à écouter ici), et Le char et l’olivier, une autre histoire de la Palestine de Roland Nurier (écouter notre interview ici). Deux premiers films en avant-première. Le premier empli de merveilleux et servi par une caméra et des acteurs hors-pair, le second, documentaire passionnant, évoque les origines du sionisme et remet la situation actuelle dans sa perspective historique. Rendant hommage à la belle équipe du cinéma et à ses bénévoles, Johanna Guidini (conseillère municipale déléguée au cinéma) félicitait le Jury Jeunes et insistait sur « la formidable et époustouflante programmation de cette édition », tandis que Jean-Marc La Piana, adjoint à la culture de la ville, espérait que, porté par la belle dynamique du festival, la commission qui se réunit le 6 novembre décidera de la mise en œuvre rapide des travaux d’une des salles, dont les nouvelles capacités permettront de refuser moins de spectateurs que cette année. Le festival devrait l’inaugurer en 2021…

Un documentariste en invité d’honneur

Le dernier jour du festival proposait la projection complète de la trilogie documentaire de Patricio Guzmán, cinéaste chilien, expatrié en France depuis le coup d’État de Pinochet en 1973 : Nostalgie de la lumière (2010), Le Bouton de nacre (2015) et La Cordillère des songes (en salles depuis le 30 octobre). Mêlant diverses strates d’écriture, images d’archive, témoignages, interviews, exploration du cosmos, de la matière, des paysages et faits historiques, Patricio Guzmán fonde une nouvelle poétique du genre documentaire, où l’universel et l’éphémère tissent une trame dans laquelle tout entre en résonnance. Un parallèle est ainsi dessiné entre le calcium des os que les femmes des familles des disparus du régime de terreur de la junte militaire cherchent en arpentant inlassablement l’immensité des déserts chiliens, et celui des étoiles qui serait le même (Nostalgie de la lumière). Nous embarquant dans une perspective cosmique, le documentariste installe sa narration dans l’épopée, et accorde une dimension d’autant plus profonde à son sujet. La fulgurante beauté des images, paysages, pierres, goutte d’eau incluse dans un fragment de quartz, mouvement inlassable des eaux, glaciers qui s’effondrent, rend encore plus insoutenables les ignominies perpétrées par les hommes sur leurs semblables, extinction des premiers habitants de la Patagonie (assortie de l’histoire de Jemmy Button), les milliers de « disparus » durant la dictature. Ces documentaires donnent un éclairage sombre à l’actualité qui semble jouer d’échos tragiques…

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2019

Le Festival Cinématographique de Gardanne s’est tenu du 18 au 27 octobre au Cinéma 3Casino

Photo © Destiny distribution.


Cinéma 3 Casino
11 Cours Forbin
13120 Gardanne
04 42 51 44 93
http://www.cinema-gardanne.com