Katerpilar, un diptyque citoyen coordonné par le Centre dramatique de l'océan Indien, à voir à l'Entrepôt au festival Off

Voyages sensibles en RéunionVu par Zibeline

• 5 juillet 2014⇒27 juillet 2014 •
Katerpilar, un diptyque citoyen coordonné par le Centre dramatique de l'océan Indien, à voir à l'Entrepôt au festival Off - Zibeline

Programmé par l’Entrepôt, Katerpilar fait écho à la sensibilité sociale de la directrice artistique de la compagnie Mises en Scène. L’an passé, au Festival In, Michèle Addala avait présenté une Parabole des papillons remarquée, sur le thème joliment déroulé des femmes, à partir de leur parole. Aujourd’hui, la compagnie installée dans le quartier Monclar depuis 30 ans, bien avant que naisse l’idée de FabricA numérique, connaît des difficultés financières réelles et mériterait, enfin, une attention particulière pour poursuivre le lien qu’elle a su créer, parfois en toute discrétion, avec les habitants de ces quartiers….
Ainsi, il est heureux de découvrir dans ce lieu du bout de l’avenue Monclar, Katerpilar, un diptyque en forme de chronique sociale sur le thème du travail, coordonné par le Centre dramatique de l’océan Indien. Jouées en créole réunionnais, surtitrées en français, Samdi soir pou oublié et Mésyé Dijoux sont des pièces fabriquées à partir du réel, passionnantes et sensibles, bien qu’inégales. Dans la première, signée François Bon à partir de témoignages d’ouvrières licenciées de l’usine Daewoo, Lolita Monga, directrice du Centre dramatique de l’Océan Indien, met en scène trois femmes au chômage forcé, échouées dans un dancing pour oublier, rester dignes, «se passer de la pommade sur le bobo». Entre les douloureux souvenirs du plan social et de la manipulation des médias, du suicide de leur irréductible amie et du «mode d’emploi perdu de la politique», de leur reconversion difficile et des «patrons qui se sont barrés faire leurs bénéfices plus loin»… elles dansent, jusqu’au bout de la nuit et jusqu’à la gueule de bois, pour se tenir chaud et survivre à la catastrophe. Irrésistibles, les comédiennes font le lien avec ce petit bout d’humanité perdue, et nous engagent avec pudeur et chaleur dans leur danse de vie.
Mésyé Dijoux de Sully Andoche, monté par Cyclones Production, souffre d’un resserrage volontaire pour coller au timing, mais séduit par son propos historique et politique : l’arrivée de la modernité à La Réunion et de la politique paternaliste qui en a découlé. Monsieur Dijoux a existé, et son histoire d’employé municipal à tout faire et illettré, dans les années 60, alors que Michel Debré était envoyé par De Gaulle, surnommé « grand papa », pour distribuer des subsides dans le but d’étouffer toute velléité d’indépendance, est contée à toute vitesse par un comédien (Nicolas Givran) qui fait chanter la langue mais manque de temps pour installer son histoire et l’ironie de la situation.
Le tout, introduit par des archives historiques de l’Ina, nous invite à rencontrer ce département du bout du monde, si loin si proche, et à découvrir une culture insulaire riche et précieuse.

DELPHINE MICHELANGELI
Juillet 2014

Katerpilar se joue à l’Entrepôt jusqu’au 27 juillet pendant le Festival Off d’Avignon

Photo : Samdi soir pou oublié © S. Marchal