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Le nouveau roman de Mireille Barbieri aux éditions Parole

Voyages d’exils

Le nouveau roman de Mireille Barbieri aux éditions Parole - Zibeline

Sans doute, les plus jeunes ne la connaissent que dans les papèteries spécialisées ou par le récit de leurs parents ou grands-parents, cette couleur violette de l’encre dans laquelle plongeaient les plumes Sergent-Major qui grattaient à profusion les cahiers d’écoliers… la mémoire des choses, bue comme cette encre d’enfance par le buvard de l’oubli… Ne pas se méprendre, la douceur nostalgique du titre, À l’encre violette, n’est pas un prétexte à édulcorer ou affadir quoi que ce soit. La justesse de style et de ton sait avec pertinence suggérer, être incisive, mais aussi dessine une perception particulière de l’histoire, celle du grand H, lorsqu’on la subit sans avoir de réelle prise sur elle. Le délicat roman de Mireille Barbieri, publié par les éditions Parole dans la collection main de femmes (« des livres à ne pas mettre entre les mains de tous les hommes ») retrace avec une sensible justesse deux parcours d’exil, narrés en une longue lettre, écrite sur les cahiers jaunis restés dans une mallette autrefois offerte à la mère de Jean et que ce dernier laisse à Marthe. Par les portraits tracés, les destinées de familles italiennes, et de deux personnages centraux féminins, l’une choisissant l’exil pour les États-Unis, l’autre contrainte à la fuite par la guerre… confrontation entre divers modes de vie, juxtaposition d’archaïsmes et de modernités (découverte du tramway newyorkais), histoires amoureuses, rêves… Le récit navigue entre le présent de la narratrice et les passés qu’elle imagine, celui de la mystérieuse Desolina, ancienne propriétaire de la mallette, celui de Livia, la mère de Jean… C’est au travers de ces histoires que l’existence de Marthe voit se dessiner un sens, elle dont le « seul désir est de (s)’extraire du monde ». C’est par l’écriture qu’elle trouve une justification : « rien d’autre n’a d’importance que de chercher les mots, en trouver le juste poids pour donner vie à des êtres qui ne sont qu’ébauches. (…) C’est comme si depuis des années, j’avais engrangé des fragments de vies, des histoires à la croisée de la mienne, de mes aïeux, de toi et des tiens, et qu’enfin tout cela allait prendre corps ». Un superbe hommage aux pouvoirs de la littérature !

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2018

À l’encre violette, Mireille Barbieri
éditions Parole, 13 €