Le voyage en enfer des Érythréens, reconstitué par un film poignant, remarquablement mis en scène

Voyage en barbarieVu par Zibeline

• 11 décembre 2015 •
Le voyage en enfer des Érythréens, reconstitué par un film poignant, remarquablement mis en scène - Zibeline

«Migrants», «Réfugiés», des termes génériques qui cachent une grande diversité d’histoires, de souffrances. De celles qu’on entend sans en peser la juste mesure d’horreur et de sang, sans trop y croire parfois. Voyage en barbarie, le documentaire de Delphine Deloget et Cécile Allegra, lauréates du Prix Albert Londres 2015, part de cette incrédulité devant le Mal absolu. Robbel, Germay, Filmon, Daniel et Halefom sont Érythréens. Comme 50 0000 de leurs compatriotes, fuyant en masse depuis 10 ans la folie paranoïaque et éthylique du dictateur Issayas Afeworki, ils ont été capturés par des bédouins, vendus, transférés dans des camps du Sinaï, torturés pour obtenir une rançon exorbitante des familles, contraintes à écouter leurs hurlements de douleur et leurs appels à l’aide par téléphone. Rescapés, «en vie par erreur», ils résident au Caire, en Suède, «une histoire de circonstances». Voix off évoquant les sévices infligés par leurs bourreaux sur un paysage suédois givré et pacifique, conversations intimes autour de leurs expériences respectives, reconstitutions mimées, témoignage face à la caméra, ou à la fonctionnaire de l’immigration chargée de leur attribuer un statut, suppliques des mères demandant l’aide de Meron Estefanos, journaliste, engagée dans la lutte contre ce trafic impuni, la mise en scène terriblement efficace de leur voyage en barbarie s’impose au spectateur. Il entend horrifié le point de vue d’un tortionnaire non repenti, considérant ses exactions comme une  entreprise commerciale justifiée par la pauvreté de son pays, ou à peine rassérénant, celui d’un cheikh salvateur qui réprouve l’omerta des populations ! Il aurait pu croire que ces jeunes hommes, nourris, soignés, logés, riant dans la neige, se sont finalement libérés du cauchemar que continuent à vivre tant d’autres, si à la fin du film, leur corps supplicié à peine montré jusqu’alors, ne se dévoilait, tel qu’il était à la sortie des camps, et tel qu’il demeure, mutilé, marqué à jamais : «Ma peau en dira toujours plus que mes mots» conclut l’un d’eux.

ELISE PADOVANI
Décembre 2015

Le film Voyage en barbarie projeté à la Villa Méditerranée le 11 décembre dans le cadre de Festival PriMed et suivi d’un débat passionnant sur Les chemins de l’exil, a obtenu le Grand Prix du documentaire Enjeux Méditerranéens (voir Palmarès complet page 48 ou sur www.journalzibeline.fr)

Photo : Voyage en barbarie de Delphine Deloget et Cécile Allegra © Memento

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