Le Festival de Musique de Toulon : un condensé de bonheurs musicaux

Voyage d’hiverVu par Zibeline

Le Festival de Musique de Toulon : un condensé de bonheurs musicaux - Zibeline

Pour changer sa formule, le Festival de Musique de Toulon  proposait cette année aux mélomanes une programmation resserrée sur 8 jours avec une bonne partie des dates en résidence à l’Opéra de Toulon. Après un premier concert symphonique avec l’Orchestre de la maison en guise d’ouverture, la deuxième soirée invitait le fameux Quatuor Pražák pour un programme mêlant répertoire classique et romantique. Dans la première partie consacrée à deux quatuors de Schumann et Brahms, c’est l’écrin un peu vaste du lieu qui mettait en danger l’équilibre tonal de l’ensemble, car l’acoustique était un peu mate. L’écueil était amplifié par un premier violon à la sonorité légèrement verte, dont le jeu était plus assuré sur une écriture en homorythmie que dans les moments où sa sonorité de soliste devait se détacher par une écriture plus horizontale. Ces œuvres très romantiques dans leurs canons stylistiques étaient d’autant plus difficiles à appréhender. Dans la deuxième partie, les membres du groupe retrouvaient leur superbe accompagnés du pétillant Raphaël Sévère dans le Quintette pour clarinette et cordes en la majeur, K581de Mozart. Il y assumait avec une évidente aisance son premier rôle, tandis que le premier violon retrouvait une sonorité plus assurée et mieux fondue avec les autres membres du quatuor.

Le lieu fut réinvesti  lors de la venue de Kit Armstrong. Non sans humour mais aussi humilité, il présentait chaque pièce, éclairant ainsi son programme d’explications bienvenues, peu convenues et sincères mettant à nu sa personnalité artistique. Ses interprétations de transcriptions du « Ring » de Wagner brillaient d’une éloquence rare pour montrer deux approches de la transcription diamétralement différentes : l’une de Liszt au service du piano, l’autre de Busoni totalement au service de l’œuvre orchestrale originale et focalisée sur l’imitation. Le soliste nous offrit également l’occasion d’entendre les magnifiques et rarement entendus au concert Chants du Rhin de Bizet. Dans les Geistervariationen et Trois Fantasiestücke, op.111, l’interprète ne cachait pas non plus son émotion à jouer Schumann. La prestation fut saluée par deux rappels généreux sur les compositions de Bach, pour une soirée digne d’éloges.

Pour son final, le Festival proposait la troisième édition de La Nuit du Piano. Investi par des prétendants au titre de roi ou reine des 88 touches, l’Opéra se mua en temple du clavier pour le plus grand bonheur d’un public comblé par le talent indiscutable des différents interprètes : Nathalia Milstein livra une version de référence de la célèbre Fantaisie en Ut majeur, op.17 de Schumann ; Judith Jaurégui était en lévitation sur les Estampes et l’Isle Joyeuse de Debussy ; Jean-Paul Gasparian s’érigeait en Dieu du martellement frénétique autour du Regard de l’Esprit de joie de Messiaen, et prince du legato dans les Impromptus D.899 n° 2 et 3 de Schubert. C’est à François Dumont que revenait l’honneur suprême de clôturer la soirée sur le Gaspard de la Nuit et La Valse de Ravel avec des interprétations d’anthologie.

Vivement la prochaine édition.

ÉMILIEN MOREAU
Mars 2018

Le Festival hivernal a eu lieu du 9 au 17 février à Toulon

Photographies :
Kit Armstrong © Neda Navaee
Nathalia Milstein © Fréderic Labrouche

Opéra de Toulon
Boulevard de Strasbourg
83000 Toulon
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www.operadetoulon.fr