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Arundhati Roy, écrivain et activiste, invitée d'honneur de la Fête du Livre 2016 à Aix en Provence

« Vous êtes la voix qui dérange »

Arundhati Roy, écrivain et activiste, invitée d'honneur de la Fête du Livre 2016 à Aix en Provence - Zibeline

C’est par ces mots qu’Annie Terrier, directrice des Écritures Croisées, accueille l’invitée d’honneur de la Fête du Livre 2016, Arundhati Roy, célèbre pour son roman Le dieu des petits riens (Booker Prize 1997) et ses nombreux articles et essais.

À ses côtés, dans le jeu délicat de l’entretien, tour à tour, les journalistes Gérard Meudal et Raphaël Bourgois mais aussi le polygraphe Jean-Claude Carrière. Le public particulièrement nombreux a eu le privilège de mieux cerner cette auteure qui s’insurge contre la dichotomie que l’on établit trop souvent entre « écrivain » et « activiste » : « Autrefois les auteurs écrivaient sur la société dans laquelle ils vivaient et étaient considérés comme écrivains, aujourd’hui on les appellerait des activistes, c’est ridicule ! ».

Le sacre de l’imaginaire

Si les textes combattifs répondent à une urgence, le roman doit être hors du temps. Les premiers concernent des sujets précis, le second, une totalité. « La fiction, c’est la liberté d’écrire lentement : mon prochain roman, je l’écris depuis plus de dix ans, comme si je vivais avec mes personnages, fantômes que les invités réels parfois dérangent… »

À la question d’une possible adaptation filmique, Arundhati Roy répond par la négative : « Quand vous lisez, vous construisez un petit film dans votre tête, le livre engendre ainsi une myriade d’imaginations face au seul imaginaire imposé par la forme filmée, comme un colonialisme de l’imaginaire… Je voulais faire avec mon livre un récit visuel non filmable. Ainsi, quatre pages pour décrire une rivière avec des tas de choses très belles qui seraient absurdes si filmées. ».

Dans un monde toxique

En Inde, « chimère en exercice » (J.C. Carrière), le système des castes, justifié par la religion hindouiste a fusionné avec le capitalisme de manière toxique. Arundhati Roy dénonce l’imbrication des grands trusts qui détruisent et tuent sans vergogne d’un côté et de l’autre investissent dans des ONG. Ainsi Le Festival international de littérature de Jaipur compte des compagnies minières parmi ses grands sponsors…

Changer l’idée du bonheur

« Savoir se dire : j’ai assez, vous rend libre. Le capitalisme vous oblige à toujours désirer plus ; si vous dites j’ai assez, vous êtes plus difficile à manipuler. Il faut changer notre idée du bonheur ». « Pas un jour, je ne trouve une raison de vivre et d’être heureuse… À Delhi, tout est tellement chaotique que naissent des choses imprévisibles et drôles, même les fascistes n’arrivent pas à marcher au pas ! Il n’est pas judicieux de penser seulement à une alternative entre communisme et capitalisme (qui s’appuie sur la dette), il faut imaginer comment re-calibrer la pensée du bonheur de l’humanité »…

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2016

Ecritures Croisées a eu lieu du 14 au 16 octobre à la Cité du Livre, Aix-en-Provence

Photo : Arundhati Roy © Maryvonne Colombani


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