Voir le jour de Marion Lainé : un film superbe à portée très politique

Voir le jourVu par Zibeline

• 6 août 2020, 12 août 2020⇒31 août 2020 •
Voir le jour de Marion Lainé : un film superbe à portée très politique - Zibeline

Au moment où les sages femmes se sentent les grandes ignorées du Ségur de la santé, victimes d’un statut qui ne leur reconnaît pas la pleine légitimité du statut médical, va sortir en salles le dernier long métrage de Marion Lainé, Voir le jour, un film à portée très politique comme le dit Sandrine Bonnaire qui incarne la protagoniste, Jeanne, auxiliaire dans une maternité de Marseille. Jeanne qui autrefois s’appelait Norma. Mais c’est une autre histoire qui nous sera dévoilée à travers des allers-retours dans le temps, sous la forme de souvenirs fragmentés.

Le film démarre avec la mort d’un bébé, un des jumeaux, nés d’une danseuse qui a du mal à l’accepter.  Jeanne se sent un peu coupable : cette mort aurait-elle pu être évitée si sa collègue Sylvie (Aure Atika) sage- femme n’avait pas dû aller la chercher devant l’hôpital ? Dès le plan séquence d’ouverture, on est plongé dans l’ambiance de tension qui règne dans le service. Femmes qui sont venues accoucher, femmes qui s’angoissent, femmes dont toutes, Melissa (Sarah Stern), Francesca (Brigitte Roüan) … tentent de s’occuper : rassurer, faire patienter, accompagner, trouver le bon geste. Le quotidien de ces femmes qui refusent d’être des robots : pauses repas expédiées, peu de repos des gardes qui s’enchaînent.  Juste le temps d’accueillir une jeune stagiaire, hyper maquillée, Jennifer (Kenza Fortas, qu’on avait découverte dans Sheherazade de Marlin)  qui se demande ce qu’elle fait là et qui va, au fur et à mesure, découvrir peut-être sa vocation. Pour la plus ancienne du service, Francesca, la vocation est venue peu à peu, confie-t-elle à Jeanne  qui lui avoue son inquiétude de mal faire son métier ; « Je ne suis pas faite pour ça, j’ai tout le temps peur ».   Et il y a de quoi lorsque l’on voit le manque d’effectifs, le choix de faire des césariennes pour remplir les lits ou gagner du temps. Jeanne doit aussi assumer le départ programmé pour ses études, de sa fille Zoé (Lucie Fagedet) qu’elle élève seule depuis 18 ans, à qui elle n’a jamais raconté son histoire. Sans oublier son passé qui resurgit quand Abel (Alice Botté), le bassiste de son ancien groupe de musique la retrouve. La séquence où, rentrant chez elle après le départ de Zoé, elle traverse l’appartement et y rencontre les fantômes de sa fille à divers âges alors qu’on entend la chanson Les Moulins de mon cœur, est superbe. Tout comme les plans de visages des bébés et de ces femmes qui leur font voir le jour.

Un casting sans failles pour ce film lumineux et plein d’énergie qui, tout en pointant les défaillances du milieu hospitalier,  rend hommage à ces femmes qui y travaillent avec passion. Voir le jour est à voir assurément.

ANNIE GAVA
Juillet 2020

Voir le jour sera présenté en avant-première à Marseille, au cinéma Les Variétés le 6 août à 20h, en présence de la réalisatrice Marion Lainé.

Sortie en salles le 12 août.

Photographie © Pyramide

Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
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