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Les étudiants de Sciences Po Aix à la rencontre de Patrick Bouchain

Vivre l’architecture

Les étudiants de Sciences Po Aix à la rencontre de Patrick Bouchain - Zibeline

« Un ordinateur est-il plus proche de l’architecture qu’une poêle ? », demanda Patrick Bouchain à ceux qui voulaient qu’il justifie les dépenses mises en œuvre lors de la Biennale de Venise…

« Des espiègleries », c’est ainsi que Patrick Bouchain s’est plu à qualifier les projets et les créations qu’il a pu mettre en œuvre dans son parcours, celui d’une individualité riche et créatrice. Patrick Bouchain ne parle pas d’architecture, il raconte des histoires. D’abord, celles de lieux de vie, qu’il aide à concevoir pour mieux les partager. « Réunir des hommes pour construire un projet commun », c’est l’idée qu’il a soutenue dans tous ses projets narrés avec un enthousiasme contagieux.
On entre dans la salle de conférence du Musée de la Méditerranée : inhabituel, l’invité est déjà sur scène, discute et plaisante avec le public, visiblement à l’aise. D’ailleurs, il le précise au début de la conférence : au Mucem, il n’a que des amis. Il est notamment connu par le public marseillais pour son travail de réhabilitation du quartier de la Belle de Mai, débuté en 2007. Un bel exemple de sa philosophie architecturale : construire autrement, ce n’est pas détruire et reconstruire, c’est d’abord un travail d’interprétation d’un lieu, qui existe et qui vit déjà avec son histoire. L’image de la tabula rasa, la non-pensée du bulldozer, créé un vide, comme une plaie dans un quartier, qu’il est ensuite difficile de combler. Construire autrement, c’est donc avant tout réinventer ce qui est.
Réinventer et oser, c’était le pari du projet de la Metavilla (Mets-ta-vie-là), présenté lors de la biennale d’architecture à Venise en 2006. Simplement présenter des œuvres, ça ne l’intéresse pas. Il veut habiter le pavillon. Un concept ? On aurait pu le croire, mais c’était sans compter la roublardise du personnage. Le jardin ferme à 18h ? Nous habiterons le toit. Entrée gratuite pour les mécènes ? Que chacun donne un euro, et soyons tous mécènes ! Patrick Bouchain, entouré de trente jeunes architectes, a vécu pendant plusieurs semaines dans un hôtel d’échafaudages, créant un espace improbable de vie, de musique, de cuisine, de détente et surtout de partages entre personnalités. Coiffeurs de star, chefs d’entreprise, philosophes, danseurs, politiques, fonctionnaires suspicieux… se bousculent au portillon du « lupanar » français. Partir du principe qu’une poêle est aussi légitime qu’un ordinateur dans un projet architectural, c’est ce qui motivait Patrick Bouchain : « être hospitalier », et se reconvertir en balayeur pour bousculer les normes.
Ce n’est qu’une des nombreuses histoires que le conférencier a pris plaisir à partager avec son public. Décidé à prendre sa retraite après la Metavilla, l’homme est néanmoins loin d’être rentré dans le rang. Projet d’établissement d’une école (car « chaque être qui pense détenir la vérité a le droit d’ouvrir un établissement scolaire »), réaménagement urbain à Rennes, projet « Sexe et ville » à Lyon, soutien et réflexion sur les zones à défendre, idée d’un « hôtel enfantin » pour répondre aux enjeux de la « transhumance enfantine » engendrée par les divorces, défense de la création féminine dans l’architecture … Patrick Bouchain ne s’arrête pas et il le dit : il mourra en activité.
La conférence s’achève sur une exhortation à l’immaturité. Savoir conserver un esprit d’enfance, prendre des risques tôt et en finir tard, mais aussi savoir disparaître pour laisser vivre son projet après l’arrivée à maturité. Transmettre sa vision de l’urbanisme, c’est pour l’architecte nous offrir une leçon d’anti-conformité, une invitation à se jouer des règles, à briser les canons.
JOSEPHINE DONTEN et OLIVIER COULAUX, étudiants à Sciences Po Aix
Février 2015

Le cycle de rencontres/débats Le bonheur, quel bonheur ? s’est tenu au MuCEM du 21 janvier au 6 février, et des étudiants de Sciences Po Aix ont mené ces entretiens. Zibeline a confié à deux d’entre eux la rédaction de ce compte rendu.
Lire les compte rendus de Zibeline sur les autres rendez-vous du cycle Le bonheur, quel bonheur ? : Edgar Morin, Gilles Clément, Pierre Rabhi , Roland Gori et Pierre Giannetti.

Photo : Patrick Bouchain, par Mathias Wendzinski


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