Vu par Zibeline

Vivre la Ville

 - Zibeline

Pour clore ses traversées urbaines et comme une évidence, Le Merlan a laissé carte blanche à Image de ville, du 3 au 9 juin. Le festival aixois qui vise à mettre en lumière l’approche sensible de l’architecture par le cinéma, s’est donc aventuré dans la cité phocéenne pour proposer des «histoires d’hier et d’aujourd’hui», trajectoires individuelles et collectives inscrites dans des lieux réinventés par la mémoire ou la perception intime de chacun. Au programme, trois films sur Alger et une rétrospective commentée par Sofiane Hadjadj, écrivain et éditeur. Occasion de mieux connaître le cinéma algérien et d’en découvrir les nouveaux talents. Khaled Benaïssa (diplômé d’architecture par ailleurs) orchestrant avec humour dans son court métrage Sektou le vacarme d’une capitale exubérante, attachante, tolérante, ébranlée par les attentats terroristes de 90. Amin Sidi Boumédienne dramatisant dans Demain, Alger, le temps des choix pour quatre jeunes banlieusards juste avant les émeutes de 88. Invité par Luc Joulé, Mohamed Lakhdar Tati est venu présenter son documentaire de 2008 Joue à l’ombre dont le titre reprend l’injonction faite aux enfants menacés d’insolation. Vérifier ses souvenirs. Laisser venir le récit urbain entre torpeur et effervescence, entre ombres et lumière, d’un quartier à l’autre, sans fil narratif : portes entrouvertes sur la fraîcheur des maisons obscures de la casbah, façades XIXème aux balcons bâchés de draps, cités dégradées des années 50, surpeuplées, saturées des cris de gamins investissant l’espace public, vieilles cartes postales de touristes plaquées sur l’écran dont les textes se substituent en voix off à la rumeur d’une ville construite par d’autres pour d’autres, et que les algérois se réapproprient à leur manière. Deux documentaires enfin sur les quartiers Nord de Marseille. Le très prometteur Omégaville d’Anne Alix, en cours de tournage dans le microcosme du Grand Saint-Barthélémy, où s’affirme, à travers le portrait de quelques personnalités-phares, la volonté de considérer les communautés ici et maintenant. Le poignant Bar centre des autocars de Patrick Zachmann qui retrouve, 20 ans après, les adolescents «en difficultés» dont il fut le professeur de photo en 1984, dans la cité Bassens. Certains sont sortis de ce ghetto, d’autres y sont restés, certains gardent espoir, d’autres ont renoncé. Sans doute n’aura-t-il rien changé à leur destin mais peut-être aura-t-il modifié, ne serait-ce qu’un peu, leur façon de cadrer le monde et de se cadrer eux-mêmes.

ELISE PADOVANI

Juin 2012


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/