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Un court instant de grâce d'André Bucher, chronique écologiste et roman d’amour au charme puissant

Vivre en intelligence avec les arbres

Un court instant de grâce d'André Bucher, chronique écologiste et roman d’amour au charme puissant - Zibeline

Avec la nature. Avec les saisons. Ici, sous le « crâne chauve » de la montagne dite de Palle, cela n’a rien d’évident. Sur ce territoire sauvage où « les arbres, les rochers, le peu de terrains cultivables, les prairies, la rivière » sont « à la fois ouverts et réfractaires à la venue », rares sont ceux qui résistent à la neige, aux intempéries, au croassement inquiétant des sempiternels corbeaux. Émilie est de ceux-là. Ultime habitante d’un hameau abandonné, elle vit là, seule depuis le décès accidentel de son mari et le départ de son fils, en quasi autonomie et avec une énergie impressionnante.

Le neuvième roman d’André Bucher, Un court instant de grâce, commence par un long panoramique sur la montagne, avant de zoomer sur le hameau, puis sur la femme. Un récit très visuel, presque cinématographique, qui, d’emblée, plonge au cœur d’un paysage vivant, d’un tableau aux aplats magistraux, aux fulgurants effets de lumière, à la somptueuse composition. Car les lieux ici sont de véritables personnages. Comme le sont la lune, les astres au ciel, les flocons… Alors, rien d’étonnant à ce qu’Émilie soit prête à en découdre dès que le projet d’une centrale à biomasse commence à voir le jour. Isolée d’abord, elle sera vite rejointe par d’autres. Sa détermination à préserver la forêt et toutes les vies qu’elle abrite en convaincra plus d’un. Ainsi son trou perdu pourra-t-il connaître (et elle avec) un « instant de grâce ». Bucher signe ici une très attachante chronique écologiste. Un roman d’amour aussi : Vincent, Émilie, ils étaient ensemble sur les bancs de l’école, ils s’aimaient ; et les voilà qui se retrouvent après cinquante ans et s’essaient, de manière attendrissante, aux douceurs de l’amour quand on n’a plus quinze ans.

La langue de Bucher, si particulière, un mélange d’aspérités paysannes et de subtilités métaphoriques, de lyrisme et de dialogues très vifs, n’est pas pour rien dans le charme puissant de cet ouvrage, qu’on a peine à refermer tant on a l’impression de quitter un monde et des gens comme il en existe peu.

FRED ROBERT
Octobre 2018

Un court instant de grâce André Bucher
éditions Le mot et le reste   19 €