L'autre histoire d'amour de Johnny Cash

Vivian et Johnny, la légende de NashvilleVu par Zibeline

L'autre histoire d'amour de Johnny Cash - Zibeline

À l’occasion des 18 ans de la disparition, le 12 septembre 2003, de la star de la country Johnny Cash, sort en VOD le bouleversant documentaire de Matt Riddlehoover : Vivian et Johnny, la légende de Nashville.

Plusieurs mois après la mort de Johnny Cash, un concert hommage fut organisé, convoquant du beau monde : Tim Robbins, Willie Nelson. La première femme de la star défunte Vivian Liberto était dans la salle. Sans un mot, elle a écouté les discours sur celui qu’elle n’avait jamais cessé d’aimer et qui ne parlaient que de la chanteuse June Carter, sa deuxième femme, décédée avant lui. On y évoquait leur amour fusionnel, le soutien de June à l’homme en noir aux heures sombres, sa complicité artistique avec lui et les sept enfants du couple : un garçon, six filles. Omettant de dire que quatre de ces filles avaient déjà une mère, Vivian, qui les avait élevées, souvent toute seule, et que la déposséder ainsi de ses enfants était injuste et déplacé ! Devant la caméra de Matt Riddlehoover, Rosanna, Kathy, Tara et Cindy, bien après la disparition de leurs parents, contre l’image négative colportée sur Vivian par ceux de Nashville et par le biopic de James Mangold (I walk the line servi par le génial Joachim Phœnix), vont raconter une autre histoire : la légende de Johnny et Vivian. Une légende de Nashville à redorer !

Contrechamp du film de Mangold, le documentaire de Riddelhoover fait entendre leurs voix musicales, vibrantes d’émotion, et ressuscite, à travers photos et correspondance privées, vidéos familiales, archives télévisuelles et souvenirs intimes (parfois précis, parfois hésitants, parfois contradictoires, parfois convergents) une histoire d’amour fou. La rencontre sur des patins, à San Antonio en 1951, de Johnny, 18 ans, soldat de l’Air force et de Vivian, belle jeune fille sage de 17 ans élevée par une famille catholique stricte. Le coup de foudre, le départ en Allemagne de Johnny, un millier de lettres d’amour (que Vivian gardera toujours), des cassettes enregistrées, des promesses, puis le retour, le mariage et les grossesses coup sur coup. Le diable par la queue, les déménagements, l’enchainement des hasards, la gloire, l’argent, la Californie, les medias intrusifs, les tournées, l’absence, l’éloignement, l’adultère, la drogue, et après 13 ans de mariage, le divorce. Puis, toute la vie qui continue, sans Johnny… Les quatre filles de Cash, sans cacher les dérives de cette femme blessée, sans dissimuler leurs souffrances d’enfants face au chaos du couple de leurs parents, portent leur regard d’adultes sur elle et la comprennent a posteriori. Elles plaignent sa solitude dans la maison construite par leur père, isolée de tout, au milieu des serpents à sonnette. Elles rappellent sa terreur face aux menaces du KKK, quand la presse en mal de scoop, s’appuyant sur sa beauté latine héritée d’ancêtres siciliens, la dénonce comme négresse dans une Amérique où les mariages interraciaux étaient proscrits ! Elles s’étonnent de sa force de caractère, se demandent comment elle a fait pour supporter tant d’humiliations, de pressions, de chagrin. La réponse réside en partie dans ses Mémoires où elle réaffirme son amour pour ses filles et pour Johnny Cash, intact, jusqu’à sa mort. Walk the line, le titre donné au film de Mangold qui n’épargne guère Vivian, sorti fort heureusement après la mort de cette dernière, est celui d’une chanson de « dévotion » que Cash jeune marié lui a écrit en 1956 : parce que je suis avec toi je file droitj’empêche que ces liens qui nous lient ne se rompent… De cet engagement, Vivian ne s’est jamais défait.

ELISE PADOVANI
Septembre 2021

Disponible sur :
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