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Vu par Zibeline

Chronique cettoise*, en direct de Fiest’A Sète

Vive les Arabes !

Chronique cettoise*, en direct de Fiest’A Sète - Zibeline

Jusqu’au 6 août, Zibeline vous fait vivre, au jour le jour, la 23e édition du festival de musiques du monde de « l’Île singulière »

Six ans après leur premier passage à Fiest’A Sète, le Trio Joubran est peut-être sur le point d’atteindre son objectif : ne plus être qualifié de musiciens palestiniens pour devenir des musiciens de Palestine. Une visée empruntée au poète Mahmoud Darwich dont les ouds de la fratrie Joubran ont plusieurs fois accompagné les vers émancipateurs. Géopolitiquement, malheureusement, la perspective s’obscurcit. La reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël tout autant que le silence assourdissant de l’Europe et particulièrement de la France ne font que renforcer le sentiment d’impunité et donc légitimer et encourager la politique de colonisation meurtrière voire d’épuration ethnique menée par le gouvernement israélien à l’encontre des populations arabes. Mais pour en revenir à la musique, The long march, le sixième album des Joubran, auquel Roger Waters (Pink Floyd) a participé, place en effet les trois solistes à une nouvelle étape de leur parcours démarré en 2003. C’est en France et particulièrement aux Suds à Arles que le groupe a pris son envol. Sur scène comme en studio, Asnan, Samir et Wissam s’offrent les services du percussionniste d’excellence Youssef Hbeisch, secondé cette par fois par un homologue également flûtiste, Habib Meftah. Est présent aussi le violoncelliste Valentin Mussou. Une formation élargie qui repose beaucoup moins sur les échanges croisés entre oudistes, les envolées et l’émotion que par le passé. Désormais le jeu est sobre, posé. Le répertoire toujours poétique voire romantique mais s’éloignant des sonorités orientales pour toucher un langage voulu sans doute plus universel. Comme l’est le combat de tous les peuples opprimés et niés dans monde, de Palestine au Kurdistan, en passant par le Sahara occidental. Refusant l’étiquette de « héros » et encore moins de « victimes », ils restent malgré eux des porte-voix. N’est-ce pas au final le rôle premier de l’artiste ? En 2013, lorsque le trio sortait de scène, c’est Rachid Taha qui allait leur succéder. Pour cette édition, c’est peut-être son héritier le plus talentueux qui est programmé. Certains pensait le raï mort avec Cheikha Rimitti, ringardisé par Faudel ou devenu inécoutable car « auto-tuné ». C’était sans compter sur Sofiane Saidi et le groupe Mazalda dont la collaboration fait renaître ce genre musical populaire algérien. Le sextet lyonnais et le chanteur de Pigalle savent recréer son esprit originel, sulfureux et charnel. La voix de Saidi aux accents rocailleux s’aventure dans des mélismes charmeurs. Les musiciens de Mazalda, passionnés de raï, avec leur grosse section rythmique, les cuivres, des synthés psychés et un groove implacable exaltent les compositions comme les reprises. L’esprit de la reine Rimitti plane sur un plateau pourtant 100 % masculin. Le Théâtre de la Mer se transforme en cabaret géant, de Barbès ou Belsunce. Le public se déchaîne, ne se rendant même plus compte de quel côté de la Méditerranée il s’est laissé embarquer. Il va être bientôt une heure du matin, les gabians n’ont jamais semblé aussi heureux en croisant la trajectoire des projecteurs. Il est bientôt une heure du matin et Sète est plus que jamais fière de son arabité.

LUDOVIC TOMAS
Août 2019

Le Trio Joubran et Sofiane Saidi & Mazalda se sont produits le 4 août, au Théâtre de la Mer, à Sète.

*Jusqu’en 1927, la commune de Sète s’orthographiait Cette.

Photographie : 04-08-2019 Festival Fiest’A Sète Sofiane Saidi et Mazalda © Aurore Vinot