La Nuit Verdienne a brillamment clôturé l’édition 2021 des Chorégies d’Orange

Viva Verdi !Vu par Zibeline

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En lieu et place de la Nuit italienne concoctée de longue date avec la Scala de Milan, Jean-Louis Grinda a improvisé une Nuit Verdienne à l’affiche particulièrement alléchante. La basse Ildar Abdrazakov, le baryton Ludovic Tézier et le ténor Roberto Alagna ont ainsi relevé le défi d’une soirée « best of » 100% masculine. Et ce quitte à nous faire regretter l’absence de ces airs pour soprano lirico spinto dont le compositeur a pourtant le secret …

À la tête de l’Orchestre National de Lyon, le chef Konstantin Chudovsky déploie une énergie communicative, doublé d’une connaissance et d’un amour tangibles des œuvres. Les ouvertures de La Forza del destino et des Vêpres Siciliennes sont ainsi de très beaux moments, de même que les préludes de l’acte III d’I Lombardi alla prima crociata et de Macbeth, tous quatre portés par un chatoiement des timbres et une interdépendance des pupitres. Données à rebours des dates de composition, ces pièces rappellent la versatilité et l’inventivité d’un compositeur encore trop souvent présenté comme un maître du seul art vocal, prompt à ciseler ses lignes et faire résonner des thèmes plus entêtants les uns que les autres. Une fois au service des solistes, l’orchestre ne perd cependant ni en cohérence, ni en précision. Il faut dire que les morceaux choisis ne sont ni les airs les plus célèbres, ni les plus cadrés. Ainsi, bien qu’il laisse ses interprètes briller en solistes, le programme privilégie volontiers les duos : celui d’Alvaro et Carlo sur La Forza del Destino qui réunit Roberto Alagna et Ludovic Tézier, celui d’Attila et Ezio extrait d’Attila qui unit le ténor et Ildar Abdrazakov, ou encore le duo de Filippo II et Rodrigo extrait de Don Carlo, sublimé par les graves de la basse et du baryton. C’est d’ailleurs sur un long extrait de cet opus magnum que le récital se conclut, et tout particulièrement sur un duo Carlo-Rodrigo riche en frissons. Près de deux heures se sont écoulées depuis le début du récital, que le public n’aura pas vu passer. Les bis choisis par les interprètes les emmèneront davantage sur le pan populaire et folklorique du répertoire. Ludovic Tézier convoque le souvenir de L’Homme de la Mancha, musical de Mitch Leigh importé par Jacques Brel en France en entonnant « La Quête » – avec une ligne vocale et un timbre à se damner. Ildar Abdrazakov rappelle quel long voyage l’a emmené jusqu’ici : « Dorogoï Dlinnolou » prend doucement ses marques sur son premier couplet, avant de monter peu à peu en intensité. Roberto Alagna incite enfin son public à danser, pousser la chansonnette et applaudir le temps d’un « Funiculì funiculà » bien senti, et réitéré après les saluts, y compris sans le chef venu rejoindre les solistes en plateau.

SUZANNE CANESSA
Juillet 2021

Photo © Philippe Gromelle