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Propositions de qualité et succès public pour Massilia Afropéa initié par Eva Doumbia

Viva Massilia Afropéa

Propositions de qualité et succès public pour Massilia Afropéa initié par Eva Doumbia - Zibeline

Pari tenu pour Eva Doumbia. La manifestation qu’elle a imaginée, et qui s’est tenue à La Friche Belle de Mai et au cinéma Le Gyptis durant tout un week-end, a attiré un public nombreux. La foule se pressait dans le grand hall de la Cartonnerie où se tenait le salon « mode et beauté » Boucles d’ébène, mais aussi dans les divers lieux de rencontres et de spectacles, dans une atmosphère détendue et festive, propice à tous les échanges, à tous les mélanges.

Samedi 29 octobre. La première rencontre, intitulée L’appartenance afropéenne, réunit autour de Pascal Jourdana trois générations d’artistes, qui s’expriment dans des genres littéraires différents. Elle s’ouvre sur une performance de la slameuse d’origine camerounaise Silex. Celle-ci, dans une profération dont les formules font souvent mouche (et sont très applaudies), évoque tous les moments où, en tant que noir, « on prend des claques », lorsqu’on est obligé de tenir les bras écartés dans un magasin par exemple, pour bien montrer qu’on n’a rien pris, ou lorsqu’on lit les livres d’histoire… ce qui ne l’empêche pas de finir sur une note positive, un texte scandé de « je veux », reflet des aspirations de la jeunesse afropéenne à plus de fraternité.

Après la performance, place au dialogue entre les trois auteurs. Se sentent-ils afropéens (terme popularisé en France par l’auteure Léonora Miano) ? À cette question, la Guadeloupéenne Maryse Condé répond clairement non. Incroyable Maryse Condé qui a tenu à être là, bien que très affaiblie. De son fauteuil roulant, et avec son franc-parler habituel, elle affirme ne pas se reconnaître dans ce terme (dans celui de « créolité » non plus au demeurant), qui « perpétue la distinction » et lui semble « réducteur ».

Elle fait sienne la phrase d’Edouard Glissant : « J’écris en face de toutes les langues du monde. » Le Malgache Jean-Luc Raharimanana la reprend lui aussi à son compte, lui qui revendique que nous soyons tous « faits de fragments » -Fragments est d’ailleurs le nom qu’il a donné à la collection de textes qu’il édite-, et insiste sur la nécessité d’« arrêter de compartimenter » les gens, les genres, les pratiques artistiques. Un bon moment de parole libre, que des lectures d’élèves de l’ERAC sont venues ponctuer, et que Jean-Luc Raharimanana a clos sur une très envoûtante lecture musicale de ses textes.

Ne reste plus qu’à courir à l’IMMS, à trouver de haute lutte une place pour le spectacle mis en scène par Eva Doumbia avec 6 élèves de l’École Régionale d’Acteurs de Cannes (ERAC), autour d’extraits de deux textes de la grande romancière américaine Toni Morrison. Qu’il s’agisse d’un contexte ancien, le XVIIe siècle pour A mercy, ou plus récent, les années 1950 pour Home, c’est l’Amérique des laissés-pour-compte que Toni Morisson dépeint. Une succession de courtes scènes alternant avec des résumés et quelques brèves lectures, des chants et beaucoup de musique facilitent la lisibilité ; la scénographie dépouillée est très efficace et les jeunes acteurs habités par des rôles forts. Un très beau travail.

Les propositions les plus diverses se sont succédé pendant ces deux jours de fête, de danse en conférence, de théâtre en défilé de mode, d’atelier en séance de cinéma. Preuve de la présence afropéenne sur tous les fronts de la culture. Et de sa superbe énergie.

FRED ROBERT
Novembre 2016

Massilia Afropéa s’est déroulé les 28, 29 et 30 octobre à La Friche Belle de Mai et au cinéma Le Gyptis (Marseille)

Photo : © Fred Robert


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