Angelica Liddell au MuCEM : splendide discours de derrière les tombeaux pour sublimer le pourrissement

Viva la putrefaccion ! ! !Vu par Zibeline

Angelica Liddell au MuCEM : splendide discours de derrière les tombeaux pour sublimer le pourrissement - Zibeline

Troisième invitée du cycle de spectacles Objets Déplacés initié au MuCEM, Angelica Liddell dans un splendide discours de derrière les tombeaux sublime le pourrissement…

« Je veux la roue, la coiffe et le pain ! » voilà les objets que la terrible performeuse espagnole avait décidé spontanément et dans un beau rythme ternaire de sortir du Centre de conservation pour répondre à l’insolite protocole : un artiste choisit un objet, le dépose ailleurs et crée autour de son geste un moment scénique forcément inédit. La règle du jeu est simple et Angelica Liddell s’y est bien sagement conformée dans un premier temps, désarmant ainsi les attentes du public qui se retrouve assis comme au théâtre face à une actrice sobrement vêtue, quasi- doublure de l’auteure, serrant dévotement un exemplaire des Métamorphoses d’Ovide ; Victoria Aime, superbe jusqu’à son effacement définitif monologue à vive allure entre les pieds troués du Christ Mort de Mantegna, flanquée d’une perceuse et de gants blancs au repos sur une caisse sépulcrale. Mais c’est bien sûr dans le rebours, la récusation-accusation-éructation (« où est l’animal mort que j’avais demandé ? je veux un animal mort !! » et le démenti formel des premières apparences que jaillit la force d’un texte qui mine et pulvérise les bases de l’exercice, l’idée même de conservation muséographique et les fondements sinon les fondations du muCEM rebaptisé –merci la traductrice- Musée de la Mémoire Gourde ! De l’haleine fétide du gardien à la langue grouillante de vers jusqu’aux débris de pacotille qui aspirent à l’exactitude de la classification et aux déjections amoncelées la visite guidée des réserves prend des allures dantesques ; le récit, épopée infernale et démesurée, alterne invective cosmique (les rats marseillais et le Tonic Hôtel sont des motifs récurrents de ce vaste tour de «  l’inépuisable laideur ») et percées métaphysiques (« Nul n’est innocent dans cette tragédie » « Dieu vous punira »). Vanité et vacuité de la conservation muséale face à la décomposition du vivant, force de suggestion de la charogne (Baudelaire revisité par le scalpel de l’œil andalou) qui ouvre les portes des gouffres intérieurs, réflexion sur les sources effroyables du Beau El Orgullo de la Nada « L’Orgueil du Rien » touche, avec son langage dégoupillé traversé de ricanements, à l’éternité de la poésie. Lorsque l’actrice sort de scène pour ne plus y revenir et que les images de corps dépecés à la morgue (film expérimental réalisé dans les 70’ par Stan Brakhage) occupent inutilement et naïvement toute la place de manière redondante on se prend à espérer fort qu’il restera quelques éclats de ce rien dans notre mémoire gourde.

MARIE JO DHO
Mars 2016

El Orgullo de la Nada écrit et dirigé par Angelica Liddell pour Victoria Aime a été créé au MuCEM le vendredi 4 et le samedi 5 mars.

Photo : Angelica Liddell © Angelica Liddell

Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org