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Retour sur le 7e Festival Parallèle de Marseille

Vite et (très) bien

Retour sur le 7e Festival Parallèle de Marseille - Zibeline

La 7e édition du Festival Parallèle, qui s’est achevée le 29 janvier, a montré une fois de plus en une courte semaine la vitalité et la dynamique des jeunes artistes engagés dans le projet phare de la plate-forme Komm’Act, dont Lou Colombani est la directrice. Le 28 janvier, au MuCEM, la voix de Pier Paolo Pasolini faisait vibrer ces marges dont il a salué inlassablement la « vitalité indomptable » en ouverture d’un beau moment de réflexion sur l’apport de la périphérie au centre, en particulier à travers les danses urbaines au Brésil. La chorégraphe Ana Pi, via Skype, évoquait la réécriture du territoire par le mouvement et c’est bien peut-être un des chemins suivis par des propositions très diverses aux échos indéniables.

Chercher sa place dans les marges

Ou occuper celle des autres, c’est ce que fait le chorégraphe franco-brésilien Volmir Cordeiro dont on découvrait RUE, corps offert à la transe et aux incarnations multiples, porté par les percussions de Washington Timbô ; bancal, saisi, vigoureux, possédé, le danseur hypnotique excelle à redessiner l’espace par le déploiement de ses tableaux éphémères. En top-départ pour saluer l’énergie à l’œuvre, la danseuse grecque Katerina Andreou nous a subjugués par son solo de pur plaisir : sauterelle fragile, petit rat dézingué, se recréant sans cesse par le son, la lumière, le rapport tactile au plateau (comment faire naître la souplesse d’un sol rigide en tâtonnant des orteils ?) ou la contrainte sur soi (des baguettes de tambour glissées sous le tee-shirt et voilà une raideur sacrificielle installée).

Les trois interprètes de Michele Rizzo eux, lentement et méthodiquement, comme dans une boîte de nuit engourdie qui réveille ses spots et convoque une musique d’outre-tombe, posent leurs pas, amènent doucement leurs gestes à l’unisson dans un crescendo d’intensité fascinant. Peut-être déjà fait, déjà vu, avec ici ce tragique de toutes les solitudes qui pointe. Loin du clubbing, le syrien Mithkal Alzghair impose aussi sur scène dans Déplacement sa traversée de gestes qui viennent de loin, décapés pourtant de tout folklore par la violence visuelle des bras levés, des piétinements de bottes, des chutes du corps exténué ; une danse de signes et de linge blanc déployé plus efficace dans la première partie en solo que dans la seconde où le trio dilue un peu les effets visuels.

Se trouver au centre

Avec King Kong Théorie, Virginie Despentes explorait la reconquête de soi après le viol, l’investissement des territoires de la prostitution et ébauchait les contours d’un féminisme singulier. L’adaptation d’Emilie Charrot pour deux comédiennes, Julie Perazzini et Géraldine Chollet, est d’une grande délicatesse ; le texte (ses aspects les plus intimes) est amené par un monologue sensible sur l’échec, la difficulté à trouver sa place, le sentiment d’être toujours un peu à côté de la vie. Un monologue après l’autre sur plateau nu, l’ombre de celle qui se tait comme discrète présence, touchent exactement à l’endroit juste.

Simplicité dont manquait justement le très attendu Dans le Nom de Tiphaine Raffier, où la réalité paysanne la plus prosaïque rencontre le sortilège, où l’empêchement d’être côtoie la tragédie de l’origine et révèle surtout le nœud de la langue. Magnifique sujet traité de manière trop grandiloquente, avec une débauche de technologie qui a fasciné davantage la metteure en scène que les spectateurs un peu perdus au milieu de ce chaos.

Indéniablement, c’est encore une fois le travail impeccable et d’une rigueur bouleversante d’Argyro Chioti, avec sa compagnie Vasistas, qui a fait mouche : d’abord un texte poétique d’une étrangeté et d’une densité absolues, Apologies 4&5, une scénographie au cordeau -un décamètre négligemment déroulé sépare un chœur de femmes en mouvement et chant continu de l’espace monumental d’une froide dalle levée, devant laquelle un « archéologue » brandit sa propre culpabilité comme appel glaçant à la confession des deux autres personnages ; « Si je ne suis pas sincère ce soir je ne suis pas digne de me présenter devant vous ce soir. ». Figure des Enfers ?

Société excluante et mécanique qui condamne l’homme à l’effroi d’être soi ? Le spectacle est beau, sans grand artifice et envoûtant de mystère préservé. On est bien là au cœur de cet indomptable dont on espère que le Festival Parallèle va brandir encore longtemps la bannière !!!

MARIE JO DHO
Mars 2017

Le Festival Parallèle était présenté du 24 au 29 janvier dans divers lieux de Marseille

Photo : Apologies 4&5 © Marylena Stafylidou